« Il n’est pas facile de communiquer sur une pièce qui s’appelle Djihad », admet Slahédine Halitim, directeur du service enfance et loisirs à la mairie de Denain. Et pourtant, ce n’est pas en occultant le mot et la thématique à laquelle il renvoie qu’une discussion peut s’engager.

C’est en comprenant cette difficulté, presque un tabou, que Ismaël Saidi a décidé d’aborder le sujet à travers une pièce. Entre humour et gravité, l’auteur de Djihad, qui se jouera le 27 avril au théâtre de Denain a voulu briser des non- dits, et de ce fait donner l’opportunité de traiter par l’art des questionnements qui mènent à l’obscurantisme. Il y a un véritable engouement partout où elle se produit, cette œuvre scénique venue de Belgique est en passe de devenir le phénomène théâtral du moment. Un événement à ne pas manquer près de chez vous au théâtre de Denain.

djas56Lorsque la pédagogie rencontre les problèmes sociétaux, et que l’humour s’affirme comme un axe de réflexion, on trouve souvent des œuvres majeures au carrefour des besoins d’une société. C’est ce que Djihad veut représenter et véhiculer. Sur le site internet officiel de la pièce , l’auteur Ismaël Saidi trouve les mots au delà de ceux qu’il a écrit dans son spectacle : « Cette pièce est évidemment une auto-critique de la communauté dont je fais partie. Qui sont ces jeunes qui s’engagent ? Avant de les stigmatiser, je voudrais qu’on analyse d’abord les symptômes, pour pouvoir soigner le mal en amont ». Ainsi, on suit le périple de Ben, Reda et Ismaël, trois bruxellois, qui vivront selon les termes de Ismaël Saidi, « une odyssée tragi-comique ». Tout du long de leur périple vers Homs qui passera par Istanbul, les jeunes hommes vont perpétuellement s’interroger, et aborder des questions que tout à chacun est amener à se poser. Ce Djihad n’est pas uniquement celui de musulmans, c’est une quête d’identité à travers laquelle chacun peut se retrouver.

C’est en découvrant la pièce lors d’une présentation au Phénix en janvier que Emmanuel Cherrier, adjoint en charge de la culture, a pris connaissance de l’œuvre. Ainsi c’est conjointement avec les services de la municipalité que l’envie de produire le spectacle à Denain s’est imposé comme une nécessité. « On ne reste pas sourd à ce que l’on entend, notre mission est de protéger nos citoyens et la jeunesse et pour atteindre cet objectif Djihad est un moyen formidable», explique l’élu. Une affirmation soutenue par le directeur du service enfance et loisirs : « nous ne sommes pas forcément armés pour aborder ce type de thématique, cette pièce est un levier supplémentaire ». Les deux hommes soulignent que le spectacle n’est pas une finalité et citent l’auteur qui la décrit comme un outil.

Djihad6.jpgEn effet la pièce en elle-même chamboule les a priori et pousse à la réflexion, c’est pourquoi un travail en amont et avec du recul sera amené, notamment avec les scolaires. « On l’intègre dans un plan plus global », insiste Slahédine Halitim. La ville de Denain et l’éducation nationale ont donc porté ce projet et ont convié 522 élèves des collèges et lycées de la commune a assister à une représentation : «  un chiffre impressionnant, surtout quand on sait que le théâtre peut accueillir 550 personnes », précise Emmanuel Cherrier. Cette séance scolaire sera l’une des deux qui se tiendra ce 27 avril, la seconde

tout public a été portée par la maison de quartier Solange Tonini : « avec un engagement de la municipalité pour que le tarif ne soit pas un frein ». Ainsi le prix de la séance tout public sera à 1€, plus qu’un symbole une envie de coller à une réalité économique. De plus, l’image amenée par le théâtre peut être vite perçue comme élitiste : « on préfère donc parler de spectacle plutôt que de pièce aux publics que l’on veut toucher ».

A l’issue des représentations, Ismaël Saidi et ses acteurs animeront des questions réponses avec l’audience. « Il faut que le sujet soit abordé entre amis, à l’école, en famille et que chacun donne son ressenti », insiste Slahédine Halitim. Avec Djihad, la ville de Denain continue à exploiter son théâtre comme un lieu central de la commune, autant d’un point de vue géographique, que culturel et social. « C’est une superbe vitrine de notre patrimoine, une fierté mais pas seulement que cela, le théâtre a aussi ce côté utilitaire », conclut Emmanuel Cherrier.

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Xavier Valinducq pour www.valexplorer.com

Publié par Daniel Carlier le 20 avril 2017
Denain Emmanuel Cherrier
Croire en la culture
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