Dernier conseil municipal du territoire à voter son budget, la deuxième ville du Hainaut avait un menu copieux à présenter aux élus locaux. Budget primitif 2018, Plan Mézard, nouvelles classes, école privée…, riche débat dans un climat plus convivial que de coutume !

Anne-Lise Dufour : « Nous déposons un dossier pour le plan Mézard, mais la ville de Denain est déjà retenue »

Dans la ligne droite du ROB (Rapport d’Orientation Budgétaire), ce budget est conforme au dernier débat municipal. Dans cette optique, l’Etat a imposé une hausse maximale de 1,2% du budget de fonctionnement pour les villes de plus de 60 000 habitants. Par contre, pour des villes plus petites, si vous vous conformez à cette directive, le soutien à l’investissement sera au rendez-vous. Des aménagements selon les spécificités comme le revenu fiscal moyen (0,15%) et la Politique de la Ville (0,15%), soit 1,2 + 0,30 permettent une hausse du fonctionnement à hauteur de 1,5%. Cette augmentation du budget de fonctionnement émerge à 1,49%, juste sur Denain ! Toutefois, la hausse globale de la masse salariale est à hauteur de 4,70%, c’est conséquent pour la principale composante du fonctionnement global ! La première magistrate justifie cette hausse importante à travers plusieurs projets comme le nouveau Centre aquatique, les 14 nouvelles classes en septembre 2018, un Centre culturel régional…

Cette hausse n’empêche pas David Audin, de l’opposition, de demander « un Plan Pluriannuel de Recrutement, car nous sommes sous-administrés. Votre budget est-il de gauche ? ». Question un peu piquante sur le fond, Anne-Lise Dufour répond tout de go : «  C’est un budget de combat, de protection, et résolument de gauche. La hausse de la masse salariale est due en partie à l’intégration dans notre effectif des contrats aidés et emplois d’avenir qui n’existent plus. Je réponds favorablement à votre demande de PPR ».

Principale d’un collège sur Aulnoy-lez-Valenciennes, Anne-Lise Dufour connaît bien le sujet de l’Education nationale. « En septembre 2018, nous aurons 14 classes sur Denain de plus suite au dédoublement des CP et des CE1 à la rentrée 2018 et 2019. C’est une excellente nouvelle. Je suis loin d’être en phase avec le Gouvernement, mais quand c’est bien il faut le dire aussi », ajoute-t-elle.

La conséquence inhérente à ces créations de classes est un besoin de locaux… Durant ce conseil, une série de délibérations a validé des démolitions, des futurs aménagements etc. pour l’accueil dans les meilleures conditions des écoliers denaisiens. Des murs qui tombent, des espaces pédagogiques qui sourient. Comme tout politique qui se respecte, Anne-Lise Dufour cite au moins une fois Victor Hugo dans un de ces discours : « Qui ouvre une école, ferme une prison ».

Enfin, point incontournable des finances locales, la dette colossale auprès de l’EPF (Etablissement Public Financier). « Une de nos conventions arrive à échéance, celle de l’îlot Bazly avec 10 millions d’euros à payer de suite. Nous avons négocié une prolongation sans frais de 3 ans. Certes, nous étions en capacité de payer, mais cela aurait impacté notre politique budgétaire », précise Anne-Lise Dufour.

Le budget primitif 2018 s’équilibre à hauteur de 54 millions d’euros, 24 millions d’euros pour la section investissement, et 30 millions d’euros pour le fonctionnement.

Plan Mézard

La première mouture de la réflexion du gouvernement se portait sur les villes de 20 000 à 100 000 habitants. La facture associée a poussé l’exécutif à réduire la voilure en se concentrant sur la tranche 30 000/50 000 habitants. 220 villes ont été retenues à ce titre comme Valenciennes et Douai avec comme critère principal celui d’être un pôle d’attractivité. « Je ne suis plus député, mais néanmoins j’ai conservé un réseau. Dans ce cadre, j’ai demandé à ce que Denain fasse partie de ce Plan Mézard proposant une enveloppe de 5 milliards sur 5 ans. Nous avons été retenue avec une autre ville, nous sommes la 221ème. Néanmoins, le Préfet du Nord m’a demandé de voter une délibération afin de déposer un dossier, car nous ne l’avions pas fait puisque nous n’étions pas éligible à la base », commente Anne-Lise Dufour. Elle envoie une pique à l’endroit  de Sébastien Chenu « je ne vois pas comment il aurait poussé ce dossier puisqu’il n’était pas déposé… ! »

Sabine Hebbar, candidate LREM en 2017 aux législatives, souligne «  que ce Plan Mézard arrive à point nommé pour la ville. A ce titre, il est indispensable de revoir la rue Villars ». En effet, le périmètre de ce Plan Mézard sur Denain devrait voir le jour. « Nous allons travailler ce périmètre. D’ailleurs, ce fonds va pouvoir nous donner la latitude de préempter des baux commerciaux afin de maîtriser le linéaire commercial », précise la première magistrate.

Semaine de 4 jours

Combattre une idée par une autre idée, la réforme « Peillon » est la lettre de la loi. Sa dérogation est l’illustration vivante que cette réforme tournée vers l’enfant et son développement personnel était inégalitaire entre les communes à la base. Son glas était programmé dès sa promulgation. Les choses se sont accélérées avec la contraction budgétaire. Les communes ont vu l’économie de terrain…, car elles n’avaient pas pour certaines déployées les activités périscolaires au niveau de celle de Denain. Une bonne idée, et une ligne budgétaire ne suffisent pas, c’est l’enseignement de cette dérogation. Enfin, les collectivités locales ont joué le jeu du référendum local. Sans surprise, les familles ont choisi la semaine de 4 jours « car les enfants seraient trop fatigués. Je reste sidérer de la participation sur Denain, 2 familles sur 3 ne sont pas venues à cette consultation locale (même par correspondance). Très majoritairement, les denaisiens se sont prononcés pour le retour de la semaine de 4 jours dès septembre 2018. Nous allons perdre 272 000 euros dédiés de fonds d’Etat. »

Soutien à l’école privée

Peu de citoyens le savent, une collectivité locale doit financer de la même façon un écolier dans une école publique ou privée. A ce titre, l’institution unifiée Jean-Paul II bénéficie de 112 000 € de fonds locaux, mais également de 53 000 € au titre des ATSEM (agent territorial spécialisé des écoles maternelles) sauf que… La ville de Demain dépasse son obligation et finance 2 ATSEM au lieu d’une obligatoire..

Il n’en fallait pas plus pour agacer Jacky Boucot : « Alors l’Etat pourrait aussi soutenir des écoles protestantes, musulmanes, boudhistes, juives ! » Oui, nous ne sommes pas en Alsace avec un concordat à la clé. Par contre, la politique locale oblige à une coopération plus large que la loi. La laïcité est parfois encombrante dans une démarche d’équité locale. La véritable question est une école musulmane bénéficierait-elle de la même bienveillance de la municipalité ? Le pragmatisme local impose de ne surtout pas se poser la question.

DSLI

Une demande de subvention au titre de la DSIL (Dotation de Soutien à l’Investissement Local) sera effectué à hauteur de 850 000 €. En sus du Plan Mézard, cette DSIL est tout à fait pertinente comme dans le cadre de dépenses imprévues. Le cinéma MEGARAMA qui va s’installer doit effectuer des sondages pour faire apparaître les zones humides, les carrières parfois très très profondes. Un débat similaire s’est produit sur Saint-Saulve où les protagonistes ont avancé des résultats de sondage vierges de toutes carrières sauf que ces dernières sont à plus de 30 mètres de profondeur. Donc, il faudra combler en zone très profonde, les fonds publics d’Etat ou locaux seront nécessaires pour soutenir l’investissement privé… !

Daniel Carlier

Publié par Daniel Carlier le 17 avril 2018
Anne Lise Dufour Denain
Denain où l’ode au pragmatisme politique local
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