Sur la ville de Valenciennes, ce débat sur la démocratie et la citoyenneté a également mis en exergue des sujets fondamentaux relatifs à l’expression démocratique, vote blanc, vote obligatoire, proportionnelle, séparation des pouvoirs etc. !

L’autorité démocratique en crise profonde ?

Malgré des sondages calamiteux sur la perception des élus par les concitoyens, le Français adore la Politique, le succès presque inattendu du Grand débat national, dans la diversité de sa diffusion, est un bel exemple d’appropriation de la parole publique.

En propos liminaire, Jean-Marie Defossez, co-animateur de ce débat, met en exergue une réalité de fait. « Il faudrait une transparence totale dans l’utilisation de l’argent public. Un étudiant coûte annuellement à l’Etat environ 13 000 €, alors qu’il paye 170 € par an en licence, 240 € en master. De même, les citoyens ne réalisent pas le poids de la dépense en matière de santé publique. Il faudrait une indication sur chaque document (lettre de sortie de l’Hôpital public par exemple) avec le coût réel de la dépense de l’Etat », souligne l’ancien élu de Valenciennes. Tous les domaines de la puissance publique sont concernés. Le fond du débat n’est-il pas sur le niveau d’engagement de la puissance publique, donc trop d’impôts, trop de charges ? Un élément de réponse, un ressortissant français habitant San Francisco interrogé dans le cadre d’un Grand débat national organisé au Consulat  en Californie disait : « Je me suis cassé le poignet, le coût de ce soin fut de 12 000 dollars à mes frais ! ».

Vote blanc

Cette participation à cette initiative du Grand débat national implique mécaniquement une réponse publique. En effet, la prise en compte du bulletin de vote du citoyen dans l’urne est fondamentale. A plusieurs reprises, le vote blanc est revenu durant ce débat. « Il faut prendre en compte dans les suffrages exprimés le vote blanc », lancent plusieurs interlocuteurs sur le sujet. Il faut rappeler qu’actuellement le vote blanc est comptabilisé, mais n’est pas intégré dans le nombre des suffrages exprimés. De facto, le pourcentage de vote blanc au final n’est pas une donnée lisible dans la lecture d’un résultat d’une élection au suffrage universel, simple, basique !

D’autres intervenants se demandent comment « un candidat peut trouver une légitimité avec un vote blanc supérieur à 50%, car même à 30 % une personne sera élue ? ». Effectivement, cette donnée est importante dans la réflexion. Quelle règle électorale appliquée ? Si le vote blanc fait plus de 50%, l’élection est-elle invalidée ? Un nouveau scrutin est-il proposé ? Et dans quel délai ? Autre option, ce pourcentage affiché ne remet pas en cause le vote pour le candidat(e) avec le meilleur score, et nous voyons ce que cela peut donner depuis des décennies dans les partielles locales ou législatives avec, parfois, 25% de votants et par suite un(e) candidat(e) élu avec moins de 15% des inscrits…, cela pose vraiment une question de légitimité, n’est-il pas !

« Nous assistons réellement à une critique profonde de l’autorité », lance un contributeur. On touche ici au tréfonds de notre ADN en tant que nation, révolutionnaire avant toutes les autres. Le Français attend tout du Roi élu, et en même temps ne supporte pas un autoritarisme exacerbé, trop éloigné d’un quotidien difficile guidé par des impératifs trop distants de la réalité de proximité. C’est tout le paradoxe, et l’immense difficulté de l’exercice du pouvoir.

Vote obligatoire

Sur ce point, un jeune intervenant défend avec vigueur le vote obligatoire : « On ne peut pas critiquer un pouvoir, et ne pas voter à une élection ». Pour une fois, cela ne relève même pas d’un avis pour ou contre, mais tout simplement du bon sens démocratique. Il faut que les gouvernants trouvent une recette démocratique pour inciter le plus grand nombre à voter, à exprimer un choix clair, vote blanc etc., même si le chemin semble si tortueux. A ce propos, un père engagé explique : « J’ai deux fils, 25 ans et 27 ans, dont un dans le social, ils ne votent plus et me disent-on n’y croit plus du tout ». Ça pique à la démocratie, et pourtant les circonstances atténuantes sont légions. C’est un échec patent pour la démocratie, car ce raisonnement n’est pas  isolé. Il faut impérativement donner aux citoyens le goût de revenir vers les urnes… !

Le vote obligatoire est potentiellement une réponse, même dans un pays assoiffé de liberté. Est-ce la seule, non assurément, mais elle constituerait une rupture dans la démocratie participative, un changement radical !

La séparation des pouvoirs

La perception d’une séparation des 3 pouvoirs, exécutif, législatif, et judiciaire n’est pas franchement un succès auprès des concitoyens. « Nous le voyons avec les consignes de vote initiées par l’exécutif auprès des députés ! De même, l’indépendance des magistrats (ministère public) est en question », souligne une intervenante.

A ce titre, des citoyens présents découpent « le passage d’un septennat au quinquennat, les députés doivent leurs siège au Président de la République »… « Pourquoi pas un septennat sans renouvellement ? », lance un autre locuteur. Aujourd’hui, la loi a mis en place les Conseils Citoyens. « Nous sommes 4 ou 5 à Valenciennes à ce Conseil citoyen. Personne ne demande notre avis sur un sujet de proximité, jamais ! », lance une intervenante. Le partage des idées n’infuse pas encore dans notre démocratie, l’élu sur un programme, et sur sa personne, se sent investi d’une mission dont il connaît seuls les codes. C’est tout le problème ! « Les Français ne supportent plus le discours- Votez pour moi, je m’occupe de tout- », assène un autre intervenant.

Dans cette optique, une proposition fait jour « pourquoi pas une élection à mi-mandat afin de conforter ou d’évaluer, voire sanctionner le travail des élus ? ». A cette idée, Jean-Marie Defossez répond tout de go « deux ans et demi, nous serions en campagne électorale permanente ! », car il ne faut pas occulter le reproche récurrent de l’élu en campagne, qui n’est pas sur ses dossiers… !

Fracture générationnelle ?

En 2019, une nouvelle donnée arrive dans l’espace démocratique. « L’engagement des jeunes n’est sans doute pas moins important qu’avant. Par contre, ils sont plus segmentés. Il y a de véritables Agora sur les réseaux sociaux », entame un trentenaire. Pour autant, ce dernier reconnaît un manque de dialogue entre les générations.

En réponse à cet état de fait, une personne d’un âge avancé répond : « Il est nécessaire que les personnes âgées se remettent en cause ». Une prise de conscience d’un dialogue nécéssaire entre les générations fait partie indéniablement de cette équation démocratique.

Enfin, si ce débat fut serein, un autre intervenant soulignait « si les députés étaient plus respectueux entre eux, dans l’écoute lors d’une prise de parole d’un collègue, moins d’agressivité etc., les choses seraient peut-être différentes en terme de violence dans la rue ».  L’exemple, toujours l’exemple est une « sacré » référence pour le citoyen scrutant le comportement de nos élus. Le mimétisme est une composante à prendre en compte par tous les politiques… Quand un député menace, indirectement, le Président de la République élu en supputant qu’il finira comme Kennedy, quel est l’impact sur les citoyennes et citoyens, toujours l’exemple !

Daniel Carlier

Publié par Daniel Carlier le 6 février 2019
Grand débat national Valenciennes
Citoyenneté du XXIème siècle, acteur ou spectateur ? (2/2)
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