La campagne européenne est dans sa phase cruciale, celle où les indécis se décident, celle où les électeurs, non militants, font leur choix. C’est pourquoi, le Premier ministre et son gouvernement s’investissent sans compter pour remporter cette élection majeure pour l’Europe, couperet pour l’exécutif. Hier, mardi 21 mai, Edouard Philippe était au sein de la salle Pierre Richard à Valenciennes.

Dominique Riquet, député européen sortant, présent sur la liste « Renaissance » : « Votez pour l’Europe, ne votez pas contre l’Europe ».

Le grand débat avec les élus locaux, en mode Emmanuel Macron, a fait des émules puisque la salle Pierre Richard était installée comme une Agora, avec un chef de piste, un bateleur politique de tout premier plan, le Premier ministre en personne. Cette manifestation politique a été organisée par les comités locaux, notamment Delphine Alexandre, et pour le département par Delphine Garnier dont le premier propos fut d’évoquer une réalité électorale : « Le RN (ex FN) remporte toutes les élections dans ce département. J’ai un rêve pour dimanche, c’est de finir devant le Rassemblement National« .

Bien sûr, les premières déclarations furent du premier magistrat de la ville hôte, Laurent Degallaix, le maire de Valenciennes, à travers un mot de bienvenue à destination de ces prestigieux visiteurs. « Dominique Riquet n’est pas seulement l’eurodéputé le plus assidu, mais il maîtrise parfaitement son sujet », commente Laurent Degallaix à propos de l’ancien maire de Valenciennes. Sur la lecture politique, Laurent Degallaix, membre de l’UDI, ne soutient pas Jean-Christophe Lagarde ostensiblement, mais LREM sans ambiguïté. Par contre, Valérie Létard, présente sur la liste de l’UDI, n’était pas présente même si quelques fidèles supporters de la vice-présidente au Sénat étaient dans la salle comme Marion Peretti et Francis Debacker.

Gérald Darmanin

Le premier discours fut celui du Ministre des Comptes publics, bien connu sur Tourcoing, mais natif du Valenciennois. Au titre de l’homme fort des cordons de la bourse, Gérald Darmanin, dont le succès du Prélèvement à la Source a fait remonter sa côte terriblement, évoque l’Europe en quelques chiffres marquants. « L’Europe, c’est 6% de la population mondiale, mais 25 % de la richesse mondiale, et 50% des dépenses sociales », indique le ministre. Ensuite, il n’oublie pas la cible favorite, le Rassemblement National « avec une PME familiale où la généalogie a remplacé la démocratie ».

« Ils veulent casser la baraque de l’intérieur », Dominique Riquet

Eurodéputé à la commission des transports, l’ancien maire de Valenciennes rappelle certains fondamentaux, parfois oubliés… : « L’Europe, c’est la liberté, la démocratie, l’Etat de droit plus la paix. J’en ai assez d’entendre que l’Europe est l’imbécile du village monde. Cette organisation n’a pas d’équivalent.  Votez pour l’Europe, ne votez pas contre l’Europe ».

Ensuite, il pointe du doigt les failles du principal adversaire : « Ils ont changé d’avis sur l’Euro, car ils ont compris que ce n’était pas une bonne idée. Avant, ils voulaient casser la baraque de l’extérieur. Aujourd’hui, ils veulent casser la baraque de l’intérieur. Ça, c’est pour ceux qui disent Non. Mais, il existe ceux qui disent… l’Europe oui, mais avec d’autres projections. Nous, c’est le Oui, et… », assène Dominique Riquet.

Et il déroule les piliers du programme LREM. « Bien sûr, le défi climatique avec une réduction de notre empreinte carbone, puis la convergence sociale et fiscale dans le cadre d’une régulation, car nous assistons (impuissants) à une concurrence sous la forme d’un dumping, et enfin la souveraineté en terme de sécurité, de défense, et de réciprocité économique dans l’accès aux marchés publics par exemple. C’est une véritable souveraineté, pas une souveraineté de guerre ! », ajoute-t-il.

Dominique Riquet

Jamais avare sur une précision technique de taille, Dominique Riquet rappelle un postulat de base pour ceux agitant l’épouvantail d’un impôt européen. « L’Europe ne peut pas lever d’impôt. Par contre, il sera nécessaire de changer la répartition des dotations (mécaniquement avec le Brexit) sans alourdir la charge fiscale dans le pays ».

Ensuite, la taxation du kérosène est un sujet apparu à de multiples reprises dans le mouvement des gilets jaunes. « Nous portons une taxe sur les vols européens, sauf les vols ultramarins. Ensuite, à cette heure, il serait trop complexe de l’étendre hors des frontières de l’Europe, mais il est possible qu’en 2020 un accord intervienne au niveau international ».

« L’Europe, cet objet politique a une organisation exceptionnelle », Edouard Philippe

Visiblement, un soleil étonnant pour ce mois de mai a inspiré le Premier ministre : « A Valenciennes, on parle d’Europe. Je viens vous parler de l’enjeu de cette élection. Je n’ai pas l’habitude de dire du mal de mes adversaires », mais en passant une petite pique n’est pas exclue. « La liste de M. Bellamy va rejoindre le PPE (Parti conservateur), dont l’acteur majeur est le parti allemand, la puissante CDU, souhaitant supprimer le Parlement européen à Strasbourg. Que va dire M. Bellamy ? Moi, j’ai envie de Strasbourg », assène-t-il.

Ensuite, il rappelle cette construction. « L’Europe, cet objet politique a une organisation exceptionnelle. Jamais, on n’a fait converger aussi rapidement des pays qui se sont tant battus par le passé », déclare Edouard Philippe.

Edouard Philippe

Dans la foulée, il démonte un argumentaire clé chez nombre de listes concurrentes. « On entend, ce serait une limite à notre souveraineté, ce discours est absurde, un contre sens complet. La seule façon de défendre notre souveraineté, c’est une France forte dans une Europe solide. A ce titre, nous devons réfléchir ensemble à une force industrielle commune, comme pour la création d’un géant industriel dans le domaine des batteries électriques par exemple. On a raté la fusion Alstom/Siemens, la commission européenne a réagi sur la situation d’aujourd’hui en Europe, sauf que la vitesse de développement du concurrent chinois… Il faut retrouver notre souveraineté industrielle », explique le 1er ministre.

Ensuite, un sujet de plus en plus sensible d’autant plus avec la sortie prochaine de la Grande-Bretagne, le fameux Brexit, la sécurité européenne. En effet, seuls la France et la Grande-Bretagne ont des armées avec une capacité de projection. De facto, Edouard Philippe insiste « sur le fait de trouver des accords bilatéraux avec la Grande-Bretagne, mais également dans des domaines économiques comme la pêche ».

Sur la thématique d’une Europe à plusieurs vitesses, il répond tout de go. « Elle existe avec l’Euro où vous n’avez pas tous les pays, où comme l’espace Schengen. Oui, sur un sujet ambitieux à 5, 10 ou 15 états, on peut modifier notre mode de fonctionnement. Par contre, je ne veux pas d’une Europe à la carte ; c’est un équilibre à trouver », poursuit-il.

Autre sujet central, le regard de la jeunesse, alors que l’on annonce une abstention inégalée chez les 18-25 ans, est fondamental. « Pour mes grand-parents, c’est l’Europe de la raison, celle de la Paix. On ne peut pas se contenter de cela avec nos enfants, cela ne suffit pas, ce n’est pas la même réalité pour eux ».

Un item emblématique est l’entente Franco/Allemande « c’est une confrontation féconde (dixit Emmanuel Macron), et cela fut toujours ainsi. Demain, cette relation ne changera pas, elle n’a jamais été spontanément facile, mais nous avons aujourd’hui du répondant ! ».

Enfin, il rappelle le volume de cette élection européenne. « Mis à part la démocratie indienne, vous n’avez pas d’autres élections dans le monde à 300 millions d’électeurs. Il reste 4 jours, la campagne européenne commence aujourd’hui ! », poursuit-il. Effectivement, cette élection européenne est dans la dernière ligne droite, elle entame le «Blitzkrieg », de bon ton dans l’entente franco-allemande, tant le sujet Europe a fait défaut dans les débats antérieurs.

Edouard Philippe conclut avec un propos militant jusqu’au bout des ongles « le plus important n’est pas que vous soyez là ce soir, mais ce que vous allez faire le dimanche 26 mai, et qui allez vous convaincre d’ici là ».

L’inévitable Marseillaise pour conclure ce meeting LREM

Daniel Carlier

Publié par Daniel Carlier le 22 mai 2019
Dominique Riquet Edouard Philippe Gerald Darmanin LREM
Edouard Philippe « la campagne européenne commence aujourd’hui »
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