2014/2020, c’est l’heure du bilan du SIAVED (Syndicat Inter-Arrondissement de Valorisation et d’Élimination des Déchets) durant un mandat très dense pris en étau entre la nécessité de la diversification énergétique, une gestion des déchets de plus en plus fine, et la modernisation obligatoire d’un outil d’incinération en phase avec les défis écologiques (Daniel Tison à gauche et Charles Lemoine).

Le SIAVED vise le zéro déchet en enfouissement pour 202

Ce n’est pas un secret, mais une réalité de plus en plus prégnante, la gestion de l’eau et des déchets deviennent au fil des années des choix de territoire très politiques notamment depuis la loi NOTRe.

Pour autant, les syndicats intercommunaux en place ont une montagne de défis à relever. Le premier pour le SIAVED fut de programmer la construction d’un nouveau site administratif dès le début du mandat en 2014. « Nos préfabriqués furent inondés, plusieurs départs d’incendie, des bureaux aveugles, couloirs interminables (efficacité thermique nulle)…. C’est pourquoi, nous avons acheté les anciens bâtiments de l’entreprise Bils-Deroo, situés juste en face en décembre 2016. Puis, nous avons utilisé ces derniers comme siège provisoire pendant la construction d’un nouveau siège ex nihilo. En octobre 2019, nous avons inauguré nos nouveaux locaux avec un pavillon pédagogique destiné aux écoles », indique Charles Lemoine.

La diversification énergétique

Outre le volet valorisation énergétique des déchets, les opérateurs dans le domaine commencent à diversifier leur périmètre énergétique. Dans cette optique, en novembre 2014, le SIAVED a concrétisé son 1er réseau de chaleur sur Douchy-les-Mines. « Ce dossier avait été initié sous le précédent mandat, il couvre des logements sur cette commune, mais également le site culturel l’Imaginaire et l’Hôtel de Ville. Ensuite, le deuxième projet relatif à un réseau de chaleur sera localisé sur Denain avec de nombreux bâtiments administratifs, des établissements scolaires, le Centre Hospitalier de Denain, et le futur site économique des Pierres Blanches tout comme le Centre aquatique de Denain. Le contrat d’exploitation a été signé avec Dalkia en janvier 2019 », précise Charles Lemoine.

Ces dossiers majuscules ouvrent l’utilisation de l’énergie fatale comme une source de diversification pour tous les exploitants d’un CVE (Centre de Valorisation Energétique). Cette récupération de chaleur, non consommée de base, devrait dans l’idéal rapidement devenir une obligation.

« Cette transformation du CVE n’est pas liée à la hausse de notre capacité », Charles Lemoine

Evidemment, le point central de l’activité du SIAVED demeure l’incinération et la valorisation des déchets. Deux axes principaux, l’entretien classique s’appuie d’abord sur le GER (Grand Entretien Rénovation). « A travers un PPI (Plan Pluriannuel d’Investissement), nous investissons chaque année 2 millions d’euros pour l’entretien de notre CVE. C’est fondamental et permet à cet outil de bien fonctionner.», explique le président. « D’ailleurs, la disponibilité du CVE est de 98%, nous ne connaissons quasiment pas d’interruption », précise Daniel Tison, le DGS dont le départ en retraite est prévu pour le 31 décembre 2019 après une carrière longue au sein du SIAVED.

Outre l’entretien récurrent permettant de payer une taxe TGAP (Taxe générale sur les activités polluantes) très faible compte tenu d’une efficacité thermique éprouvée, la modernisation de l’outil CVE était un objectif encadré par le législateur. En effet, la loi de la Transition énergétique oblige les CVE à respecter de nouvelles normes dès 2022.

« Nous devons impérativement agrandir la fosse initialement calculée pour 66 000 tonnes. Le temps d’attente pour la collecte est trop important, il faut fluidifier le flux des camions. Par suite, le coût financier est plus important, temps de travail etc. Cette transformation du CVE n’est pas liée à la hausse de notre capacité. Son coût sera de 9 millions d’euros et améliorera les conditions de travail des salariés », déclare Charles Lemoine.

La provenance des déchets du CVE

Table interactive pédagogique

Source d’une vive polémique, le Président du SIAVED affirme de nouveau que « nous traitons uniquement les déchets de nos territoires. Ils proviennent des territoires des trois intercommunalités membres du SIAVED (La Porte du Hainaut, La Communauté de Communes Cœur d’Ostrevent, et  La Communauté d’Agglomération du Caudrésis-Catésis) plus certains du Douaisis uniquement en délestage. Nous n’avons pas de déchets de l’Aisne ou d’autres départements », commente-t-il.

Enfin, sur le volet modernisation, le SIAVED souhaite revoir la révision des trajets des camions, les différents accès possibles « car les riverains subissent comme ceux de Lourches », précise le Président.

« Nous ne pensons pas dépasser les 105 000 tonnes annuel », Charles Lemoine

Début 2019, la capacité légale d’incinération du SIAVED était de 88 000 tonnes avec un glissé habituel à 95 000/96 000 tonnes. Au second semestre 2019, le SIAVED a eu l’autorisation par la Préfecture de région d’une hausse de sa capacité à 120 000 tonnes. Le président reprend ce chiffre « nous ne sommes pas prêts de les atteindre, cette fourchette est très haute. D’abord, nous avons les travaux de modernisation en 2020 et 2021. Puis, l’objectif est tout simplement d’incinérer  les 15 000 tonnes que nous envoyons en enfouissement sur le site de Lewarde. Conformément à la loi de Transition énergétique, nous avons l’obligation de respecter le zéro enfouissement en 2025 », déclare Charles Lemoine.

Comme souvent, un texte de loi pertinent sur l’objectif à atteindre n’est quasiment jamais remis en cause par un nouvel exécutif, même s’il fut contesté âprement. En l’occurrence, l’enfouissement étant le degré zéro de gestion du déchet, sa fin de vie constitue une ligne d’arrivée qui posera des problèmes titanesques à des intercommunalités dont l’enfouissement est (encore) le mode privilégié de gestion de ses déchets. Ce n’est pas le cas sur le Hainaut, mais pas bien loin… !

Des déchetteries rénovées

La diversité des déchets traités par le SIAVED

Sur la Porte du Hainaut, toutes les déchetteries ont été sécurisées. « Nous n’avons plus de vandalisme depuis ces opérations », commente Daniel Tison. Beaucoup d’autres ont été modernisées sur ces trois EPCI avec des outils performants. Pour autant, il reste des points noirs sur le territoire de la CAPH. « Sur Saint-Amand-les-Eaux, nous allons raser l’ancienne déchetterie Malaquin complètement obsolète pour la création d’un site dernière génération. C’est un projet pour le prochain mandat du nouvel exécutif. Ensuite, il y a un trou dans la zone nord de l’Amandinois, sur les 7 communes de l’ex CCRVS », précise Charles Lemoine.

Un résultat est tout à fait palpable, l’utilisation accrue des déchetteries implique un meilleur recyclage « car 90% des déchets dans notre réseau sont valorisés en matière », explique Charles Lemoine.

… contre les dépôts sauvages !

Ensuite, l’ensemble du territoire connaît une problématique sur l’amiante que l’on retrouve ici et là dans la nature. « Pour lutter contre les dépôts sauvages principalement des entreprises, nous avons lancé le ramassage à domicile, voire sur site, suite à un appel téléphonique. C’est un vrai succès pour la population qui n’a plus à se balader avec des déchets en amiante. Nous travaillons également sur un appel d’offre pour la collecte au sein des bâtiments publics des collectivités locales « , ajoute-t-il.

Plus classique, tout comme Valenciennes Métropole, le SIAVED procède à la collecte des encombrants à domicile. Par contre, une initiative se dessine « en accord avec les maires et les bailleurs sociaux pour utiliser des locaux inutilisés, les caves, comme dépôt pour les encombrants que nous venons collecter », précise le Président du SIAVED.

« 2020 sera l’année de la prévention », Charles Lemoine

Le SIAVED a reçu des mains de la Porte du Hainaut la compétence collecte depuis le 01 janvier 2017. « C’est la COVED sur la Porte du Hainaut où nous avons lancé l’opération « Révise ton BAC ». Nous sommes très réactifs dans le remplacement des BACS », commente Charles Lemoine.

Pour autant, chacun sait que le meilleur déchet est celui qui n’est pas produit. « Nous allons intensifier notre campagne de prévention. Deux nouveaux ambassadeurs du tri en plus des deux existants sont embauchés. 2020 sera l’année de la prévention. Nous oeuvrons déjà depuis 2011 avec le programme Boréal que nous avons prolongé à travers des actions : compostage sur les Zones Industrielles, les cimetières, les bailleurs sociaux, l’accompagnement des projets de méthanisation agricole, l’opération « poules » bientôt reconduite,  et bien sûr le lancement de l’opération des familles « zéro déchet » avec 45 familles et une nouvelle vague de 50 sera lancée prochainement », commente Charles Lemoine.

Le Centre de Tri… public

Voilà un sujet de coopération transversale dans le Valenciennois répondant à une exigence légale. En effet, la loi prévoit de pouvoir subventionner uniquement des centres certifiés par l’ADEME et Citeo (Ex Eco-emballage et Eco-folio) avec une capacité minimale de 330 000 tonnes. C’est pourquoi, un dossier d’un Centre de tri public est dans les cartons. « C’est un projet avancé, conformément à la loi en 2022, entre le Siaved, Valenciennes Métropole et le Pays Solesmois (trois compétences collectes). Ce serait le seul moyen pour réaliser cette taille minimale de collecte pour un Centre de tri public. Voilà un dossier pour le nouvel exécutif en avril/mai 2020», explique le président du SIAVED.

Oui, le tri des déchets optimisé constitue un défi écologique. L’emblématique référence du pot de yaourt est aujourd’hui incinéré au SIAVED. Demain, il pourrait atterrir dans un Centre de tri pour un recyclage… ! Néanmoins, vous avez encore des produits courants non recyclables ; l’exemple le plus connu est celui du rassoir jetable « ni les lames, ni le plastique, ce produit n’est pas encore recyclable », précise Charles Lemoine.

La fusion avec Ecovalor

Les élections des deux intercommunalités en avril 2020 conduiront peut-être, voire sans doute, à une fusion des deux agglo. Dans cette optique, le rapprochement entre le syndicat ECOVALOR et le SIAVED fait sens, deux CVE au service d’une communauté urbaine. Pour autant  « à cet instant, il n’y a aucun coté rationnel. Ce sera une décision politique », commente Charles Lemoine.

Le volet financier

Evidemment, la conclusion financière s’avère indispensable. En effet, en 2007 l’état financier du SIAVED avait contrait la Présidence a augmenté les contributions des 3 intercommunalités membres promptement, 8% en 2007, 20,83% en 2008, 15% en 2009, 9,09% en 2010. La situation redressée a permis « une réduction des contributions sur le mandat écoulé, -3% en 2015, -3% en 2016, -3,18% en 2017, – 0,19% en 2018, et -0,03 % en 2019 », conclut Charles Lemoine. Sans budget, sans capacité d’investir, tous les choix stratégiques et projets évoqués ci-dessus ne seraient pas, tout passe par une gestion rigoureuse des deniers publics.

Daniel Carlier

Publié par Daniel Carlier le 13 décembre 2019
Charles Lemoine Siaved
Charles Lemoine : « Nous traitons uniquement les déchets de nos territoires »
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