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La gratuité du transport public, un enjeu de société !

Le SIMOUV, l’AOM (Autorité Organisatrice de Mobilité) sur le Valenciennois, a organisé une matinée de réflexion avec les élus communautaires sur l’hypothèse d’une gratuité sur le réseau des transports publics du Hainaut. Ce débat intense arrive suite à la demande du maire d’Onnaing, Xavier Jouanin, dont la détermination sur la mise en oeuvre de la gratuité du transport public ne faiblit pas !

Pour situer cette réflexion collégiale, dans leur immense majorité, les candidat.e.s aux municipales 2020 sur les 82 communes du Valenciennois ont mis en avant une nécessaire gratuité du transport public. De droite ou de gauche, l’idée a fait son chemin durant plusieurs mois, il apparaît de fait évident que ce sujet revienne, après cette respiration électorale, sur la table du décideur en la matière, le SIMOUV.

Avant de relater les différents point de vue des élu.e.s, mais également des usagers, voire des DGS des communautés d’agglomérations, prenons un peu de hauteur sur ce sujet. En effet, nous sommes en République, une et indivisible. Sauf erreur, vous n’avez pas une taxe d’habitation supprimée pour un territoire, mais maintenue sur un arrondissement voisin. Tout le monde est sur ce principe d’égalité devant l’existence d’une taxe. En ce qui concerne le réseau de transport public, la loi fixe certains principes comme le VM (Versement Mobilité) par les entreprises de 11 salariés et plus. Donc, nous sommes dans un « et en même temps » inextricable en l’espèce ! Pourquoi ?

Vous avez deux choix pour sortir de ce dilemme sur la gratuité du transport public, un véritable sujet social. En effet, l’Etat pourrait fixer lui-même la gratuité pour tout le réseau de transport public français, sauf peut-être l’île de France plus spécifique, et compenser financièrement auprès des AOM pour y parvenir. Autre possibilité, l’Etat pourrait proposer de cranter la décentralisation et laisserait, en mode fédéral, une plus grande latitude aux régions sur la fiscalité ou pas, son taux, son périmètre, etc. De cette manière, chaque territoire aurait toutes les cartes en main pour faire son choix, ou non, d’une gratuité pour tous du transport public.

Gratuité et/ou meilleur maillage du réseau ?

En prélude de cet échange entre élus, mais en réponse également avec le panorama financier de présentation, Xavier Jouanin intervient : « Déjà rappeler que la Gratuité Pour Tous est une réalité sur d’autres Territoires comme à Dunkerque, Calais, voire Douai (le 01 janvier prochain), et ça marche ! Avec 65% de fréquentation en + en semaine et 125% le week end pour Dunkerque, Vitré a augmenté par 10 le nombre de voyage et Dinan est passée de 887 voyageurs/jour à 1402 ! »… « Nous n’aurions parlé que du coût du tramway, il n’y aurait jamais eu de Tramway ! »… « Avec un peu d’ambition, nous traiterons la question de la Gratuité Pour Tous en oubliant de se poser de vraie question sur la déserte et la qualité pour tous des Transports Publics à l’échelle de notre Territoire. Et avec beaucoup d’ambition, nous déciderons d’assumer, ensemble, un choix politique fort, de profiter de la GPT pour optimiser et proposer un réseau de Transport de qualité et efficace pour tous sans oubliés ».

« La gratuité, cela n’existe pas ! Quelqu’un ou une institution paye au final », Guy Marchant

Pour sa part, le Président du SIMOUV fait d’abord un état des lieux des ressources et de l’état actuel de la Gratuité sur le réseau de transport public du Valenciennois, Transvilles gérée par la RATP DEV.

Tout d’abord, la caractéristique de ce territoire est son étendue, à la fois très urbain et très rural, 349 813 habitants (données 2019) pour 630 km2, soit terriblement dense comme nous le subissons au quotidien avec le trafic voitures, et parfois à écart de tout pour certaines communes rurales, à l’abri du client comme disent les commerciaux.

Sur les ressources financières, le SIMOUV paye au délégataire un forfait annuel de 52 207 259 euros, elle récupère 74 700 000 euros au titre des ressources dont le fameux Versement Mobilité (66% de cette somme), 17,07%  suite aux recettes des usagers du réseau, et 16,82% de subventions (Etat, région, agglo).

Ensuite, Guy Marchant met en exergue les « Gratuités existantes comme le transport aller/retour des scolaires (collège/lycée) suite au désistement du département pour un coût de 4,8 millions d’euros. Le Pass and Go pour les moins de 18 ans depuis le 01 septembre 2018 pour un coût de 2 millions d’euros (hors Aller/Retour scolaire), le Pass and Go pour les moins de 25 ans (hors Aller/Retour scolaire) pour un montant de 800 000 € supplémentaires. Enfin, les différentes navettes gratuites sur Valenciennes dont le succès du Cordon 1 et 2 pour un total de 872 674 euros, Amanditour (Saint-Amand) 165 524 euros, et Villarsexpress (192 374 euros) sur Denain. La gratuité, cela n’existe pas ! Quelqu’un ou une institution paye au final ».

Quels sont les freins à l’usage ?

Très intéressante fut la révélation d’une enquête ménage de grande envergure sur le Valenciennois. Cette dernière demandait aux habitant.e.s quels étaient les critères essentiels pour emprunter le réseau public de transport, bus, tramway… On note clairement que les horaires sont le déterminant numéro un avec 25%. De fait, la fin du transport public trop tôt dans la soirée est une explication sur cette donnée, voire le manque de fréquence sur certains secteurs, etc. Ensuite, le deuxième critère est le trajet, le transport public ne dessert pas ma destination pour 15,3%, le manque de rapidité pour 13,3 %, voire la difficulté de transporter ses courses 12,8%, donc le trop d’insécurité en dessous de 10% n’est pas un critère premier, et encore moins le coût à 0,8 % sauf que…

La représentante à cette réunion des usagers du transport public dans le Valenciennois indique « la gratuité pour les jeunes de moins de 25 ans (sauf un dossier de 20 euros annuel), c’est bien, mais pour les personnes âgées avec une petite retraite, le coût de ce transport public est un véritable frein. On oublie une partie de la population ». Indéniablement, c’est une réflexion de bon aloi tant nous voyons des personnes âgées, en sus des jeunes, dans les navettes gratuites… !

Pour résumer le choix financier s’ouvrant à cette gratuité, Guy Marchant évoque « un Versement Transport au plafond légal, on ne peut l’augmenter. La seule solution serait une hausse des contributions des deux communautés d’agglomérations adhérentes ».

Vers un transport BIO-GNV, voire hydrogène… ?

Ensuite, le SIMOUV a déjà lancé des programmes d’investissements lourds. Premièrement, conformément à la loi de Transition écologique, le parc des bus doit se composer d’ici 2025 de 50% de bus verts. « Nous avons fait le choix du BIO GNV avec également d’une station BIO GNV d’ici fin 2022. D’ailleurs, cette zone sur Saint-Saulve pourrait élargir les utilisateurs avec les entreprises environnantes », précise Guy Marchant.

Ensuite, les navettes électriques évoquées ci-dessus, mais également les autres 50% du parc de bus prévus à l’hydrogène entre 2025/2030, voire un nouveau système d’exploitation. « Sur le transport public, nous sommes sur des projets sur le temps long (40 ans en moyenne). Ces investissements évoqués ont un coût de 27,2 millions d’euros pour le SIMOUV », commente Guy Marchant.

Réactions des élus

Pour le maire de Marly, la priorité n’est pas (encore) la gratuité totale du transport public. « L’amélioration de la qualité du réseau existant est prioritaire avant la gratuité totale », explique Jean-Noël Verfaillie.

De fait, le report modal de la voiture vers le transport public reste très faible sur le Valenciennois, un réseau plus performant soutiendrait particulièrement ce transfert du choix individuel à un usage collectif.

« Il faut une volonté forte. La gratuité est une ambition politique », explique Xavier Jouanin.

Arnaud Bavay, porte parole des élus de la Porte du Hainaut au SIMOUV, explique la position de ces derniers : « Au regard du réseau existant, il nous paraît très important d’améliorer celui-ci. Je souligne que la taxe VM était à l’origine pour permettre aux salariés des grandes industries du territoire de venir en transport public, ce n’est toujours pas le cas pour les salariés de Sevelnord, Toyota, voire Bombardier (près de 10 000 personnes sur ces 3 entreprises). Donc, oui pour tendre vers la gratuité, mais dans la bonne temporalité ! ».

Au sein du SIMOUV, vous avez également une édile du territoire, conseillère régionale. « De plus, je fais partie de la commission transport. Je suis favorable à cette gratuité pour tous. Toutefois, le premier frein à l’absence d’utilisation est le manque d’interconnexion entre les communes. En tout cas, je serai le porte-parole de vos demandes auprès du Conseil régional des Hauts-de-France », explique Sandrine Gombert, la maire de Petite-Forêt.

Pour Jean-Roger Berrier, il faut se poser la question « de la mobilité sur le Valenciennois avant de parler de la gratuité pour tous ».

Pour le DGS de Valenciennes Métropole, chaque choix a une conséquence « si l’agglo doit investir plus sur la gratuité, elle devra réduire ailleurs son investissement. Toutefois, la CAVM accompagnera tous les investissements visant à l’amélioration du réseau ».

Pour le responsable territorial de l’ADAV-Droit au vélo « nous avons eu le week-end dernier une belle démonstration de l’usage du vélo avec la participation de 4 500 personnes au vélo-tour. La mobilité doit également s’envisager avec le déploiement des mobilités douces ».

Pour sa part, le maire de Beuvrages, Ali Benyahia, le sujet est fondamental. « C’est un vrai sujet la Gratuité Pour Tous, un enjeu écologique, mais nous devons travailler sur la mixité des déplacements et le maillage du territoire ».

Le maire d’Aulnoy-lez-Valenciennes, Laurent Depagne, est idéologiquement pour la gratuité, mais « il y a le principe de réalité. La suppression des lignes (optimisation du réseau) constitue d’abord un sujet de mécontentement des usagers. Il faut améliorer le maillage du réseau ».

Enfin, le représentant de l’Université Polytechnique Hauts-de-France rappelle « l’effort sur ce territoire. Nous sommes implantés sur le Valenciennois, Mont Houy (Aulnoy) et Valenciennes avec un coût de 20 € annuel pour un étudiant de moins de 25 ans. Sur Cambrai et Maubeuge, c’est 20 euros par mois. Ensuite, vous n’avez pas mentionné qu’un employeur prend en charge 50% d’un abonnement de son salarié au réseau de transport public ».

En conclusion, le Président du SIMOUV demande à tous les élus communautaires de ce syndicat mixte de répondre et de proposer sachant que « la région des Hauts de France nous demande de raisonner sur un Bassin de Mobilité à l’échelle du Pôle métropolitain (avec 7 agglos) ».

La traduction de ce débat dans les choix stratégiques de ce syndicat public sera très intéressant à l’aulne de cette année électorale ébouriffante !

Daniel Carlier

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