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La lutte contre les addictions au CHV

Le tabac, l’alcool, les drogues…, les addictions classiques auxquelles doit s’atteler un service de santé au sein des hôpitaux publics, voire des associations dédiées, sont multiples même si chaque cas est unique. Afin de mieux comprendre l’état des lieux en la matière sur le Valenciennois, nous avons rencontré le C.S.A.P.A ( Centre de soins d’accompagnement de Prévention en Addictologie), baptisé centre La Boussole, au sein du Centre Hospitalier de Valenciennes avec à sa tête le Dr Ali Bennani, son équipe pluridisciplinaire, et une main tendue vers d’autres professionnels à travers une formation (fin d’article).

(Le Dr Bennani à droite du visuel et son équipe)

Dr Bennani : « La consommation de tabac conduit à 70 000 à 75 000 décès prématurés par an »

La lutte contre les addictions constitue un enjeu sociétal majeur. Chacun de nous est conscient de cette nécessité absolue depuis des décennies, mais pour autant le nombre pléthorique de personnes atteintes d’une addiction ne faiblit pas, pire de nouveaux maux surviennent, les défis semblent abyssaux, la mission du C.S.A.P.A apparaît terrifiante comme si on vidait l’océan à la petite cuillère.

Et pourtant, l’équipe du Centre La Boussole obtient des résultats au quotidien. « Nous accueillons environ 1400 personnes par an, toutes pathologies confondues, avec principalement des patients venus pour un problème d’alcoolémie et/ou de tabac. Ensuite, il faut mettre en exergue une évolution importante, car 40% de notre public est envoyé par la Justice. En effet, les obligations de soins sont prononcés presque systématiquement dès qu’un paramètre comme l’alcool, la drogue, etc. intervient dans un dossier », commente le Dr Bennani. Ce service du CHV est de fait un partenaire de confiance pour les magistrats du Valenciennois, et ce n’est pas anodin pour un responsable de service depuis 2017.

« Je suis stupéfait par la banalisation du cannabis », Ali Bennani

D’abord, avant d’évoquer les différentes addictions, il faut présenter le service en question. En effet, la pluridisciplinarité est le maître mot de ce cette unité de soins. « Nous sommes composés d’une secrétaire, de quatre infirmiers, d’un éducateur sportif vacataire, de deux psychologues à mi-temps, d’une assistance sociale à 70%, d’une diététicienne à 90%, de trois psychiatres vacataires, et de deux médecins spécialisés en addictologie à temps plein (dont le Dr Bennani) », explique le professionnel de santé.

Concrètement, vous avez de multiples compétences au service du patient. « Nous traitons les addictions au tabac, l’alcool, le cannabis, les jeux (Casino), voire les troubles alimentaires, mais également l’addiction à certains médicaments. Parfois, nous pouvons traiter d’autres drogues associées à l’alcool comme la cocaïne, mais sinon nous envoyons le patient au GREID pour les problématiques de cocaïne, le crack… », précise Ali Bennani.

Ce service au CHV existe depuis environ 25 ans avec mécaniquement des évolutions notables. Evidemment, certaines addictions ont la peau dure comme la consommation d’alcool et/où de tabac. Ensuite, les lignes bougent sur certains sujets : « Je suis stupéfait par la banalisation du cannabis. Elle sévit dans tous les milieux », commente Ali Bennani.

Alors, afin de mieux appréhender le travail de cette équipe pluridisciplinaire, il suffit de ventiler les durées de traitement minimum, 2 ans pour l’alcool, 1 an pour le tabac, 1 an pour le cannabis, 1 an pour traiter une alimentation compulsive, voire un an pour le jeu. « De base, il faut trois compétences pour un patient, le médecin, le bilan social, et un psychologique. Seul l’addiction au tabac nécessite une seule compétence, voire deux au maximum », indique-t-il.

Non, nous ne sommes pas dans une prise de médicaments très fugace, une indigestion passagère, le mal est profond et il explique pourquoi les patients poussent la porte du Centre La Boussole. Seul, le patient n’arrive plus à contrôler son appétence…, il faut l’aider, l’accompagner sur ce chemin difficile, mais ô combien salvateur.

« On ne juge pas, on ne moralise pas », Dr Bennani

Concernant l’impact des addictions sur l’état de santé des individus. Commençons par la plus dévastatrice, le tabac est toujours largement le premier de la classe. « La consommation de tabac conduit à 70 000 à 75 000 décès prématurés (moins de 65 ans) par an », déclare le Dr Bennani.

A l’instar de la consommation du cannabis, une génération montante (18/25) consomme, femmes et hommes, régulièrement du tabac. Pire, mis à part le fait de fumer en extérieur d’un milieu fermé, 100% des personnes participants à une soirée ont la clope au bec. « Quand nous sommes confrontés à ce type de situation. Surtout, le message est la compréhension, l’empathie avec ces jeunes. On ne juge pas, on ne moralise pas. On comprend qu’à cet âge la somme des plaisirs est (encore) supérieure à celle des problèmes de santé. Mécaniquement, cela vient plus tard. Toutefois, on est pragmatique et on présente des chiffres sur la tabacologie, la première cause de décès dans les addictions. On veut instiller certains aspects négatifs dans leur approche du tabac. Notre philosophie dans la lutte contre les addictions est le « Aller-vers », explique le Dr Bennani.

En parallèle, on ne peut balayer d’un trait de plume certaines associations mortifères. En effet, cette pandémie de la Covid a également eu un impact très concret à travers « une explosion des violences intrafamiliales durant les confinements en lien avec la consommation d’alcool », poursuit le professionnel.

Après, le deuxième de la classe demeure sans surprises « l’alcool avec 30 000 à 35 000 décès prématurés par an. Pour comparer des chiffres, la sécurité routière représente 3 000 à 4 000 décès chaque année », ajoute-t-il.

Ensuite, les autres pathologies sont importantes et très invasives dans le quotidien d’un individu. Aucune addiction n’est neutre, c’est pourquoi le C.S.A.P.A bénéficie d’une enveloppe fermée au sein de l’hôpital public. « Je bénéficie d’une grande écoute et d’une aide significative au sein du Pôle de santé publique dirigé par Xavier Kindt avec qui j’entretiens un excellent rapport. Clairement, le CHV est conscient de l’importance de ce service. Nous avons d’ailleurs un comité de pilotage à cet effet », déclare le Dr Bennani. Bien sûr, le professionnel réclame plus de moyens financiers afin de lutter mieux encore contre ces additions, car les conséquences sont bien plus coûteuses si rien n’est fait.

« Une formation pour les infirmiers les 29 et 30 septembre », Dr Bennani

Evidemment, la philosophie du Centre La Boussole est que le maximum de professionnels du soin embrasse cette lutte contre les addictions. Dans cette optique, le Dr Bennani propose une formation « pour les infirmiers afin qu’ils puissent faire une prescription de substituts nicotiniques. Elle aura lieu les 29 et 30 septembre prochain », conclut le Dr Bennani.

Le C.S.S.P.A est ouvert dans les anciens locaux du service des urgences du CHV, à coté de l’ex Clinique Teissier devenu le pôle administratif, du lundi au vendredi de 8H à 17H et un samedi sur deux le samedi de 8H à 12H.

Daniel Carlier

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