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L’incubateur médical où le lien ville/hôpital concrétisé dans l’Amandinois (2/3)

Initié en 2018, le Centre hospitalier de Saint-Amand-les-Eaux et la communauté médicale de proximité ont lancé un incubateur à travers lequel des jeunes médecins se sont installés sur la cité thermale durant 3 ans. Quels sont les résultats, les conséquences, l’avenir de ce concept, et le plus important les enseignements à retenir de ce système innovant à rebours du nouveau dogme sanitaire ?

(Visuel de gauche à droite, Directrice de l’ARS HDF, Président de la CAPH, et coordinatrice du SPIM)

Anthony Haro : « On a équilibré les départs et les arrivées de médecins libéraux sur l’Amandinois ! »

Vous prenez un numérus clausus sur les fonts baptismaux en 1971, la génération des boomers (1946/1964) déjà en retraite où dans les cinq ans à venir, vous agitez le tout et vous obtenez la problématique de la désertification médicale avec une rondelle de précarité sociale dans le Valenciennois. 

Cette carence est apparue d’abord en ruralité partout en France face à la conjugaison d’une réticence marquée d’une nouvelle génération de professionnels de santé, peu enclin à la pratique médicale rurale, et aux premiers départs des Boomers en retraite. Ensuite, il faut toujours conserver à l’esprit que la génération sacrificielle de la médecine, c’est fini ! Le corps médical veut légitimement aussi une vie en dehors de son métier.

Puis depuis quelques années, nous sommes passés à un phénomène élargi aux zones urbaines, même très denses. On assiste aujourd’hui à certains comportement « de mercenaires », déplore Aymeric Robin, le Président de la CAPH, voire des équipement médicaux construits par la commune, mis à disposition gratuitement à des nouveaux médecins, voire le cas échéant avec une secrétaire payée par les deniers de la commune, et tout ceci afin de poursuivre une médecine de proximité. Voilà l’Etat des lieux peu réjouissant sans parler d’initiative style mercato où débauche de praticiens d’une commune à l’autre. Pour les connaisseurs, et pour une tout autre raison, le phénomène a commencé dans le Valenciennois avec l’arrivée des « Grands Travaux » sur la ville de Valenciennes, début 2004, et par suite un regroupement d’une trentaine de praticiens, toutes spécialités confondues, sur un immeuble d’Anzin. La ville centre du Valenciennois paye encore ce trou d’air médical !

Et pourtant, Saint-Amand-les-Eaux a réussi la gageure d’inverser cette tendance lourde, comment ? 

Anthony Haro

La première explication est donnée par le Directeur du Centre Hospitalier de Saint-Amand, Michel Thumerelle : « Dès son origine, le CH  a eu un lien étroit avec la commune. De plus, nous sommes reconnus comme Hôpital de proximité ». Cet échange a donc permis un dialogue constructif entre les élus, l’outil public de santé, et la communauté médicale de l’Amandinois. « En décembre 2017, nous avons fait un constat simple : Plus de médecins de garde, de moins en moins de praticiens libéraux, et une communauté médicale aux tempes grisonantes. Nous savions que dans quelques années, nous serions dans le mur », commente Anthony Haro.

Ce denier a donc pris la présidence d’un PSIM ( Projet Social d’Intégration Médical) où le Centre Hospitalier de Saint-Amand a proposé à des jeunes médecins un box, au sein de l’hôpital, avec tout l’équipement, salle d’attente, et informatique à disposition. Le tout pour un loyer annuel de 5 000 euros et pour une durée de 3 ans. Trois box sont à disposition dans ce cadre. « C’était très accessible financièrement et de plus, les étudiants en médecine ne sont pas formés à l’informatique. Nous avions sous la main l’informaticien de l’Hôpital, très pratique. Aujourd’hui, je suis installée depuis deux ans sur Saint-Amand-les-Eaux », commente Caroline Vienne, une ancienne de l’incubateur médical. Comparativement, un jeune médecin doit débourser entre 90 000 et 100 000 euros sur trois ans pour une installation dans le dur.

A la grande satisfaction d’Anthony Haro, 8 jeunes médecins sont venus s’installer sur la commune centre de l’Amandinois, plus 4 sur les communes rurales du même secteur. « C’est le Girl power, que des femmes, mais on a (enfin) équilibré les départs et les arrivées de médecins libéraux sur l’Amandinois ! ». Ça c’est remarquable et d’évidence le concept Ville-Hôpital déjà l’objet de réunionnites interminables depuis 2002/2003, notamment à travers l’hôpital de référence de Valenciennes, devient concret pour la 1ère fois dans cet arrondissement. A ce stade, les 3 box sont vides, il faut donc reconduire ce recrutement bienveillant . 

Michel Thumerelle

Cette opération, iconoclaste de prime abord, a pu se concrétiser grâce à un financement de la ville de Saint-Amand-les-eaux en octobre 2018, après un refus initial de l’ARS, mars 2018, sur « un projet pas encore à maturité », reconnaît Anthony Haro. Puis, le bras armé du Ministère de la santé des Hauts de France a rejoint le bateau en décembre 2021. 

Outre les box en question, une opération de digitalisation de la patiente a été lancée « chez les praticiens proches dans la retraite et pas forcément à l’aise avec le numérique », ajoute le Président de la SPIM, , remplacé le 01 janvier 2024 par Caroline Vienne. 

Les nouveautés de santé

Ce contexte médical compliqué s’inscrit dans une réforme du cursus universitaire avec une sixième année à la clé https://www.letudiant.fr/etudes/medecine-sante/la-reforme-du-deuxieme-cycle-des-etudes-de-medecine-enfin-precisee.html#:~:text=La%20R2C%2C%20ou%20r%C3%A9forme%20du,nationales)%20d’ici%202024.

« Le MSU (Maître de Stage Universitaire) va devenir extrêmement important et le Ministère de la santé doit nous aider dans cette mission », précis Anthony Haro en s’adressant à la Directrice de l’ARS Hauts-de-France, présente à ce Santé-Tour. En clair, le besoin en formation va s’accroître avec les demandes d’installation.

Le bâtimentaire, pas si mal au final !

Si l’approche bâtimentaire exclusive n’était pas le fer de lance de cette initiative sur Saint-Amand-les-Eaux, les membres du SPIM ont constaté qu’un « lieu de vie, de formation, d’échanges, et de pratique médicale, peut être utile. Attention, cela n’est pas en contradiction avec plusieurs cabinets sur le territoire, mais seulement le besoin d’un équipement central », ajoute Anthony Haro. 

Sur ce point précis, la Directrice de l’ARS balaye « toute contradiction entre le fameux « Allez vers », si cher à la CPAM, et le regroupement sur un ou plusieurs sites de professionnels de proximité. Ce n’est pas de la Maison médicale Business. Ce que vous avez fait fait ici est réellement innovant ». Comme une marche en avant, la médecine de demain se construit avec une autre approche comme « la pertinence de l’adressage », cite comme exemple Anthony Haro. Oui, la visite du médecin disponible 7jours sur 7, 24H/24, et pour n’importe quel symptôme, est aussi dépassée que la manière de vivre dans la série britannique « Downton Abbey ».

Enfin et surtout, la philosophie de cette réussite pourrait paraître simpliste, mais c’est la base de tout. « Cette initiative vient des acteurs eux-mêmes », conclut Anthony Haro. Comme d’habitude, ensemble, on peut se comprendre !

Daniel Carlier

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