Sur le Valenciennois, une information avec les partenaires en prise directe avec les victimes de violences conjugales a été organisée par les services de l’Etat de proximité, réponse judiciaire, prise en charge médicale et psychologique, hébergement, relogement, réinsertion, etc., le chemin pour se sortir des coups existe (3919, numéro national de référence pour les victimes de violence).

Le Grenelle des violences conjugales… dans le Valenciennois !

L’objet de cette information n’est pas de se congratuler sur les actions en place dans le Valenciennois. De toute évidence, tous les territoires ne sont pas égaux entre eux en terme de dispositif, sur le nombre des violences conjugales identifiées, sur les acteurs de terrain sur le sujet… La violence a un trait commun, chaque cas est unique et par suite l’altérité de sa prise en charge est palpable au quotidien. Non, l’objet de cette information est de convaincre des citoyennes et citoyens de franchir le pas pour cesser l’insupportable avant l’irréparable, même si c’est très facile à dire devant son écran !

101 femmes sont mortes depuis le 01 janvier 2019, ne nous exonérons pas de cette faillite collective et sociétale, elle est palpable et indéniable, trouvons des solutions ensemble !

Le CHV au coeur de la prise en charge

Dans le dispositif d’aide aux victimes sur le Valenciennois, le Centre Hospitalier de Valenciennes constitue un maillon indispensable dans la prise en charge des personnes victimes de violences conjugales. En effet, une Unité Médico-Judiciaire existe au CHV depuis 1994, la réforme de 2011 a donné pour mission à ce service la prise en charge des individus en garde à vue, mais « également une aide aux victimes de violence sur réquisition de la justice, mais également sans réquisition. C’est un point important, les personnes victimes de violences conjugales peuvent venir directement dans notre unité au CHV. De plus, elles bénéficient d’un accueil différencié et surtout confidentiel, c’est très important », explique le docteur Eric Laurier.

Ce service est doté de 7 permanents, plus 8 médecins, afin de travailler avec les partenaires, la Police nationale, la Gendarmerie, la justice etc. En 2018, 1607 personnes ont été reçues dans le cadre de réquisition, mais également 477 sans réquisition « ce chiffre est en hausse, l’UMJ commence à être connue directement, voire une orientation reconnue par nos partenaires », ajoute le spécialiste.

Deux psychologues spécialisés

Bien sûr, le service des urgences est en lien avec l’UMJ. « Les urgentistes peuvent constater des blessures pouvant relever de violences conjugales. Dès lors, ces personnes sont directement transférées chez nous. A ce titre, nous avons signé ce matin (le 03 septembre) une convention avec l’AJAR, et son service d’aide aux victimes, le SAVU. Chaque mercredi matin, une permanence sera assurée par cette association au sein du CHV », poursuit Eric Laurier.

D’ailleurs, ce travail au long cours des professionnels s’imprime sur le terrain, notamment dans les CMP (centre médico-psychologique). « Un CMP couvre environ 70 000 personnes, nous avons plusieurs CMP sur le Valenciennois, Valenciennes, Saint-Amand-les-Eaux, Denain, Condé-sur-l’Escaut, et Onnaing. Notre champ d’investigation s’est considérablement élargi. D’ailleurs, nous sommes en charge du suivi d’une obligation de soins par les auteurs de violences conjugales. Ensuite, nous accompagnons les victimes quel que soient leur choix, même après le retour avec le conjoint souvent très mal perçu par la famille », explique un responsable.

A noter que les premières annonces du Grenelle déboucheraient sur un dépôt de plainte possible au sein d’un hôpital dès le 25 novembre 2019, à suivre dans la pratique et mise en place… !

« T’es folle, tu vas chez le psy », une psychologue

Une psychologue du CHV réalise une description de l’accueil de ce public particulier. « Je suis spécialisée dans le psychotraumatisme. Sur le volume des personnes reçues, nous avons 25 à 30 % de victimes de violences conjugales, dont 9 à 14% d’hommes », entame l’experte. Ensuite, le premier sentiment est « une honte, une banalisation de l’acte, mais également une anesthésie émotionnelle. L’emprise du conjoint demeure très forte. D’ailleurs, le simple fait de rencontrer un psychologue débouche souvent sur cette phrase-’T’es folle, tu vas chez le psy ! », ajoute-t-elle.

Au milieu, Jean-Philippe Vincentini et Christian Rock à droite

Dans une ambiance où la victime est isolée, le déni s’installe à travers une empathie pour l’auteur des coups. Le Procureur de la République, Jean-Philippe Vicentini, rappelle l’organisation d’un colloque par le Parquet sur cette thématique très complexe (https://www.va-infos.fr/2018/09/18/violence-conjugale-peur-vie-sans-coup/). « Je souhaite mettre en lumière le remarquable travail des dix psychologues volontaires dont l’évaluation psychologique, de chaque victime, apporte beaucoup à nos enquêtes judiciaires. Nous pouvons , le parquet comme les juges, mieux quantifier l’impact moral d’une violence conjugale », commente le Procureur de la République.

« Je n’ai pas besoin d’un dépôt de plainte pour lancer une enquête », Jean-Philippe Vicentini

L’autre message important s’adresse aux familles, aux voisinages d’un couple où le conjoint est battu. « Je n’ai pas besoin d’un dépôt de plainte pour lancer une enquête. Nous intervenons dès lors qu’un signalement est effectué. Si vous constatez, vous entendez, etc., des signes de violences conjugales, vous pouvez réaliser un signalement », explique le Procureur de la République. L’époque de cette intimité tabou où il était préférable de se boucher les oreilles, de tourner les yeux plutôt que d’agir, certes avec toute la précaution requise, est révolue !

« Je suis très favorable à l’éloignement de l’auteur du domicile conjugal », Jean-Philippe Vicentini

Nous verrons par la suite les solutions d’hébergement en urgence pour les victimes. Toutefois, la tendance de fond est le maintien de la victime à son domicile évitant de fait le traumatisme d’un déménagement en urgence absolue, d’autant plus avec la présence d’enfants. « Je suis très favorable à l’éloignement de l’auteur du domicile conjugal, il faudrait plus encore institutionnaliser cet hébergement avec les contraintes judiciaires d’interdiction d’approcher le domicile conjugal. Ce n’est pas au conjoint violenté de partir, mais au conjoint violent », précise Jean-Philippe Vicentini.

Le directeur de l’AJAR, laurent Capelle, précise que « sur le Valenciennois, nous avons trois hébergements dédiés aux auteurs de violences conjugales ». Compte tenu du nombre de procédures en la matière, on l’a compris, ce chiffre est très insuffisant.

Autre outil dans le dispositif, le TGD « Téléphone Grave Danger » ; le parquet dispose de 7 TGD. « Il est utilisé dans des situations d’extrêmes violences. Heureusement, toutes les situations ne se transforment pas en tragédie. Par contre, c’est rare, mais certaines victimes demeurent dans le déni complet, elles ne collaborent en aucune façon, jusqu’à créer un incident à l’audience si leur conjoint part en détention », ajoute Jean-Philippe Vicentini.

« C’est ma faute », dixit une victime

Fatiha Kathir, psychologue, explique son travail dans les enquêtes préliminaires : « A travers un rapport, nous évaluons le préjudice moral de la victime de violences conjugales. Nous constatons que cela ne concerne pas seulement des couples d’un certain âge, nous rencontrons de plus en plus de très jeunes couples, un phénomène de banalisation de la violence dans le couple. Enfin, la victime conserve souvent une empathie pour l’auteur- c’est ma faute- ! ».

Deux psychologues en charge d’une analyse des profils des situations s’expriment également : « Trois cas sur quatre sont sous l’emprise de l’alcoolémie, l’alcool est un catalyseur de violence. Autre fait récurrent, le milieu familial caractérise (parfois) cette appétence à la violence physique et/ou moral. En effet, nous retrouvons souvent la reproduction d’un schéma connu avec son père battant la mère, voire les enfants, la répétition du phénomène pour devenir une victime à vie ».

Concernant la maternité, certaines dispositions sont en vigueur sur cette thématique au CHV. « Les futures mères sont des personnes vulnérables, la grossesse est également un catalyseur de violence. Dans ce cadre, les femmes peuvent exiger l’anonymat afin que le conjoint violent ne la retrouve pas à la maternité. Ensuite, si nous constatons des violences sur une patiente. Nous pouvons légalement lever le secret médical afin d’effectuer un signalement aux autorités compétentes », ajoute-t-elle.

Les chefs de service concernés au CHV

« Le père battait sa femme et ses enfants, le fils frappait sa femme, la fille subissait des violences par son conjoint. Il faut cesser ce cycle infernal. Aujourd’hui, nous avons de plus en plus de signalement, les personnes parlent, sortent de ce silence », commente Brigitte Guionnet, chef de service du Pole Mère/Enfant.

Toutefois, le référent départemental Jean-Philippe Ferro apporte son analyse. « Je pense qu’il faut dissocier l’alcoolisme et la violence conjugale. Ce sont deux choses différentes, l’alcool permet le passage à l’acte, mais l’intention est là. On ne dit pas qu’un auteur a battu sa femme parce qu’il a bu trop de café ». L’étude de la causalité est incontestablement d’une immense complexité.

Christian Rock, Sous-Préfet de Valenciennes, résume cette matinée où « tous les professionnels sont mobilisés. En 2019, en 7 mois, nous avons atteint le même chiffre qu’en 2018 au niveau des violences intra-familiales. Toutefois, la parole est plus facile, et notamment avec le numéro 3919, accessible 7jours/7 ».

Le logement d’urgence

L’autre point clé du dispositif sur le Valenciennois contre les violences conjugales, c’est la présence des acteurs associatifs en charge de l’hébergement d’urgence. « Avant 2005, nous pouvions héberger une personne en situation d’urgence absolue durant près de 3 mois à l’hôtel. Aujourd’hui, avec les réformes en 2005, puis modifications en 2012 et 2016, l’hébergement via l’hôtel est au maximum pour une nuit. C’est une grande victoire pour nous », explique le responsable du 115 dans le Valenciennois.

Pour arriver à ce résultat, la création du SAVU (Service d’aide aux victimes d’Urgence) en 2002 a constitué un élément clé du dispositif. Partie intégrante de l’association AJAR, le service du SAVU  » est accessible 7jours/7, de 13 à 22H en semaine, de 14H à 22H le week-end et jours fériés. Nous intervenons dans les 48 heures après les faits auprès de la victime de violences conjugales. C’est gratuit, la victime bénéficie d’un suivi psychologique, d’un accompagnement personnalisé pour surmonter les difficultés, et surtout éviter l’isolement (plus d’infos sur le SAVU sur https://www.va-infos.fr/2019/03/14/plus-de-julie-dans-le-valenciennois/) « , précise Aurélie Fartek, responsable de pôle au sein de l’AJAR (Association pour la Justice, l’Accueil et la Réinsertion. « Nous tenons à disposition des victimes de violences conjugales 6 appartements dans le Valenciennois « , précise Laurent Capelle, le directeur général de l’association l’AJAR.

L’autre acteur incontournable dans cette chaîne de solidarité, c’est l’association La Pose. Cette dernière dispose « de 6 logements, 3 sur Valenciennes Métropole et 3 sur la Porte du Hainaut. Ce sont des logements en capacité d’accueillir une famille avec 4 à 5 enfants, on peut aménager des grandes pièces. Bien sûr, nous avons également des femmes seules sans enfant. La durée de séjour est courte, 45 à 60 jours », précise le responsable de La Pose.

Après cette pause dans un hébergement d’urgence mis à disposition par le tissu associatif, l’objectif identifié est d’abord un relogement. « Ce sont des dossiers prioritaires dans le logement social. A ce titre, le partenariat des bailleurs sociaux est primordial », précise le Sous-Préfet de Valenciennes. « En 2018, sur 28 sorties, dix personnes ont été relogées, sept dans un foyer d’hébergement, et les autres dans la famille, les amis ou un retour avec le conjoint demeurant une réalité », poursuit le responsable de La Pose.

Enfin, la réinsertion par l’emploi constitue l’objectif ultime. Dans cette optique, les associations s’investissent dans un projet personnalisé et la recherche d’une formation qualifiante afin de revenir dans le monde du travail.

« L’Etat injecte dans les hébergements d’urgence (via les associations) entre 120 000 et 130 000 euros chaque année », conclut Christian Rock. On l’entend depuis deux jours, les associations sur le terrain réclament beaucoup plus… !

« C’est un nouveau départ », victime de violences conjugales

Durant cette journée dédiée au dispositif lié au soutien aux victimes de violences conjugales, un témoignage sur le terrain d’une victime au sein de son logement (d’urgence) a conclu cette présentation. « Je suis partie en juillet. J’ai pu intégrer ce logement avec mes quatre enfants immédiatement. Dès mon dépôt de plainte, on m’a accompagné, déjà le soir même pour récupérer mes affaires chez mon conjoint. D’ailleurs, je fus très agréablement surpris par le logement proposé. Je suis en train de visiter des appartements pour me reloger. Ensuite, je suis en lien également avec le CCAS qui m’aide dans mes démarches », explique-t-elle.

« L’association qui m’accompagne recherche une formation pour moi dans la vente ou l’entretien. Je souhaite travailler rapidement », commente-t-elle. Sur son avenir proche, mais redoutée un peu, elle lâche d’une voix hésitante « ne pas revenir… ! »…, mais sur un ton plus affirmée « c’est un nouveau départ pour moi et mes enfants ! », conclut-elle.

Daniel Carlier

Publié par Daniel Carlier le 4 septembre 2019
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