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(Valenciennes) Dissolutions de Valentiana Orchestra et Octuor à vent

Comme au mois de septembre avec la suppression de services à la personne, ce Conseil municipal de Valenciennes offre aux élu.e.s la latitude de supprimer un pan de la culture locale, deux formations musicales reconnues depuis des décennies, le Valentiana Orchestra et l’Octuor à vent.

Jean-Marie Gibellini (ex Directeur du Conservatoire de Valenciennes/1955/2001) : « Quel gâchis, on ne prend même pas la peine de parler avec les gens concernés ! »

Vous l’avez entendu mille fois. Une loi, une réforme, comme une délibération cruciale dans une collectivité locale passe par une communication claire et précise. En l’espèce, le titre de la délibération, comme dans la commission plénière du 18 novembre, est : « Renouvellement de l’offre pédagogique en matière d’éducation artistique et culturelle », un titre positif, mais à la fin de la délibération : Il est demandé (en premier) au Conseil municipal : « d’approuver la dissolution des formations musicales, Valentiana Orchestra et Octuor à vent ». En fait cette suppression ne vaut même pas un titre de délibération, on préfère l’opposer à la création intéressante d’un poste d’éducateur artistique et culturelle en lien avec le milieu scolaire.

En effet, cette délibération propose la création d’un poste d’’éducateur artistique et culturelle avec comme argument frontal (dans la délibération) « un public ciblé d’environ 500 personnes par (pour les deux formations musicales) »… « (nouvelle) mission permettrait de toucher environ 800 personnes par semaine au sein des écoles, crèches et maisons de retraite du territoire ».

Sur ce point, les enseignants intéressés précisent que  « des initiatives régionales, internationales, mais aussi dans les Maisons de retraite, le milieu pénitentiaire, les soins palliatifs (Vauban), en plus des concerts pour le grand public, sans oublier les élèves brillants dans leurs concours, sont pléthoriques ». Assurément, ce métier passion demande beaucoup d’engagement, et malgré le contexte sanitaire « nous avons proposé des projets depuis l’arrivée du nouveau Directeur du Conservatoire, Guislain Leroy. Rien n’a abouti durant son arrivée un peu avant la Covid ».

Des nouvelles pistes de financement extérieures au budget communal, mais également cette crise sanitaire ont freiné la multiplicité, comme partout en France, des projets. Toutefois, les enseignants sont également dans le doute. Ils pensent que le départ de Guislain Leroy vers Amiens serait déjà dans les clous.

« Cet argumentaire ne tient pas la route, c’est une manipulation », Jean-Marie Gibellini

L’ancien Directeur du Conservatoire Eugène Bozza de Valenciennes monte au créneau dans une lettre ouverte (Courrier_CM_Valenciennes_20211128) face à cette décision sans concertation. « Quel gâchis, on ne prend même pas la peine de parler avec les gens concernés ! Les enseignants sont une source inépuisable en terme artistique et pédagogique. Cet argumentaire ne tient pas la route. Ce n’est pas parce que tout d’un coup, vous décidez d’un enseignement pour 800 élèves qu’il a lieu. Il faut de la matière même pour une formation initiale, ce n’est pas avec un tambourin, voire une flûte à bec, qui fait la pédagogie. Les enseignants/musiciens dans les quartiers, c’est la solution. Oui, je souscrits à l’éducation musicale pour les publics empêchés. Ici, cette opposition frontale, c’est une manipulation ! », assène Jean-Marie Gibellini.

En effet, en filigrane de cette délibération, il y a une présentation très manichéenne de cet enseignement musical, la musique classique pour quelques uns face à la musique pour tous, pourquoi pas les riches contre les pauvres tant qu’on y est… ! « Non, il suffit de mettre les gens autour de la table et de monter des projets ensemble. Il y a des exemples en la matière vers les publics empêchés comme sur Montpellier, voire Le Havre », ajoute l’ancien Directeur du Conservatoire.

Ensuite, concernant les formations proprement dite, il y a également un rayonnement incontestable au delà du Valenciennois. « C’est également une fête musicale pour les citoyens, un objet d’excellence culturelle dans le Valenciennois », ajoute-t-il.

Enfin, Jean-Marie Gibellini évoque un totem de la gouvernance de Laurent Degallaix. En effet, contrairement à Dominique Riquet, le premier magistrat n’est pas un culturel de premier rang. « Pas ou peu de sensibilité culturelle n’est pas grave du tout pour un maire, il suffit de bien déléguer. Ces formations font partie du patrimoine musicale de la ville », conclut-il.

«  C’est incroyable ! », Nathalie Lorette

Nathalie Lorette, reconnue pour sa connaissance culturelle, ne décolère pas : « C’est incroyable cette suppression de deux formations musicales existantes depuis plus de 30 ans. Oui, je signe à trois mains pour une pédagogie musicale vers les publics empêchés, mais pourquoi dissoudre ces formations musicales ? On le voit sur le Débat d’Orientation Budgétaire (demain soir), la seule marge de manoeuvre de ce Conseil municipal est de réaliser des efforts de gestion. Pourtant, ces formations musicales participent au rayonnement de la ville », indique Nathalie Lorette.

Evidemment, la concomitance avec l’inauguration du Marché de Noël et d’un somptueux feu d’artifice est dévastatrice « pour 300 000 euros plus 50 000 euros de communication, c’est un choix de gestion », tance Nathalie Lorette ajoutant en citant Victor Hugo « de petites économies pour de grands dégâts ! ».

« C’est n’importe quoi ! », Geneviève Mannarino

Pour la (nouvelle) élue de l’opposition, Geneviève Mannarino, ex adjoint à la culture 2014/2020, l’intérêt de ces formations musicales n’est pas à remettre en cause. « C’est d’abord le patrimoine de la ville. Ensuite, ces deux formations musicales valorisent Valenciennes en extérieur. Ensuite, il aurait fallu concerter avec les intéressés pour développer autrement la pédagogie musicale vers d’autres publics. C’est n’importe quoi !  ».

« la culture dans le viseur de Laurent Degallaix », Luce Troadec

Pour Valenciennes Verte et Solidaire, le ton est sans concessions sur la trajectoire financière de Laurent Degallaix : « Bien sûr, il y a eu un temps d’arrêt pendant la Covid pour ces formations musicales, mais elles participent à la promotion culturelle. Plus globalement, le maire va continuer à couper la tête de tout ce qui dépasse, il va transférer à la CAF, à l’Etat, voire à la Cité Educative.. tout ce qui possible. Sur ce sujet, ce n’est pas bon signe pour la culture dans le viseur de Laurent Degallaix », commente Luce Troadec.

L’attractivité en question

Evidemment, outre le rayonnement des formations musicales, l’attractivité des postes d’enseignants au Conservatoire de Valenciennes est en question. Des parent d’enfants en classe CHAM s’interrogent « si la fonction de l’enseignant est d’assurer uniquement ses cours, sans pouvoir participer à des projets avec des élèves, sans participer à un orchestre, vous allez réduire l’attractivité du dit Conservatoire, récupérer à moyen terme des enseignants moins capés…, et remettre en cause la qualité des enseignements même au sein des classes CHAM (Classes à Horaires Aménagés en Musique) au sein des établissements scolaires de Valenciennes. Quel est l’avis de l’inspection de l’Académie du Nord ? ».

Oui, tout participe à l’éducation musicale, l’excellence comme la pédagogie chez les publics les plus éloignés de la pratique musicale. Et non, le retour à des cours de flûte à bec, le fameux pipo en 3ème, ne conduit pas à la sensibilisation musicale… !

Une certaine idée de la culture…

Chacun jugera de ce choix politique, approuvé ou désapprouvé,… vieux comme l’antiquité en passant par les grands auteurs sans oublier notre génération de Youtubers. De « panem et circenses » (traduction/Du Pain et des Jeux) ou encore une célèbre Youtubeuse qui pourrait détourner ce choix local par -c’est quand que tu vas mettre des paillettes dans ma vie (culturelle) Laurent ?-. Oui, le tableau excell d’un budget communal grignote peu à peu le service au public, en l’occurrence celui d’une partie de l’histoire culturelle à Valenciennes… !

Daniel Carlier

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