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(Denain) Un débat très enROBé tout en éMOTIONS… !

Ce Conseil municipal de Denain s’est offert un débat animé sur plusieurs sujets de fonds clivants, avec notamment l’ancienne église du Sacré-Coeur, le fameux serpent de mer du syndicat les Grangettes, voire le ROB à travers quelques choix budgétaires, suite à l’impact Covid…, sur les délais de réalisation.

Après le deuxième report de l’audience au Tribunal correctionnel de Valenciennes (au 06 avril prochain) relative à la mise en examen d’Anne-Lise Dufour, maire de Denain, pour « diffamation » à l’endroit de Ludovic Tonneau, élu (aujourd’hui) de l’opposition, les deux parties se retrouvaient au Conseil municipal. A cette occasion, Ludovic Tonneau a demandé quelques précisions sur une décision, dans les pouvoirs du maire, relative à un marché portant sur l’assistance juridique de la commune où le cabinet Oppidum Avocats a été retenu à cet effet. « Demandez-vous la protection fonctionnelle ? », s’interroge Ludovic Tonneau. « Non, contrairement à vous où vous aviez demandé cette dernière, je payerai mes honoraires moi-même ! », répond tout de go Anne-Lise Dufour. Ensuite, ce choix d’un cabinet d’assistance juridique, dans les pouvoirs du maire, s’inscrit dans un cadre légal hors de tous les marchés publics. Enfin, la seconde question portait sur le choix de l’avocat de la partie défenderesse (donc à titre privé), en l’occurrence un avocat du même cabinet Oppidum Avocats. La réponse est lapidaire « il n’y a aucun risque juridique », souligne Anne-Lise Dufour.

L’heure des choix budgétaires à Denain

Si les lignes budgétaires précises seront connues à l’occasion du vote du budget en avril prochain, le DGS prévient d’un mur financier à l’horizon 2025. « Nous avons un contrat électricité nous protégeant jusqu’en novembre 2024 », commente Manuel Schabaillie sauf « si ce fournisseur décide de résilier unilatéralement ce contrat », précise l’édile. De plus, la ville de Denain,  comme une immense majorité de communes du Hainaut, n’est pas éligible au filet de sécurité, voire à tous les dispositifs envisagés à cet effet afin de faire face, pour les collectivités locales, aux conséquences de la guerre en Ukraine. Utile de préciser que les collectivités locales empruntaient en dessous de 1% il y a deux ans seulement, alors que nous passons allègrement la barre des 3%… !

Toutefois, la ville va poursuivre son effort sur l’investissement à travers plusieurs PPI (Plan Pluriannuel d’Investissement). « L’année 2023 sera celle du Sacré-Coeur et de l’ilôt Basly, 2024 celle de la Place de Centre, 2025 l’école Berthelot, 2027 celle de la Place Wilson…(entre autres) », indique le DGS de la commune de Denain.

Bien sûr, tout cela s’inscrit, avec ou sans, un choc des prix exogènes. C’est pourquoi, Denain s’engage dans un comportement de résilience financière passive et active. « Nous voulons préserver notre autofinancement », commente Manuel Schabaillie. En effet, cette donnée constitue un paramètre moteur de l’investissement à court, moyen, et long terme. Cela se traduit par une révision, présentée à ce conseil municipal, sur les mécanismes de provision financière (pour risques) sur tous les volets de dépenses. Clairement, l’heure est à stocker les noisettes avant les hivers rigoureux à venir… !

Un élément, parmi d’autres, est symptomatique sur la gestion d’une collectivité locale. Concernant les travaux nécessaires à la réouverture de la passerelle surplombant la RD955 pour relier les 2 parties du parc Zola, il vont subir les aléas de la hausse des matériaux. « Nous passons de 1,1 millions d’euros à 1,8 millions d’euros à ce stade. C’est pourquoi, nous assurons sa mise en sécurité, mais nous allons différer ces travaux. Par contre, afin de ne pas perdre la subvention de l’Etat, ladite DPV (Dotation Politique de la Ville), à hauteur de 897 493 euros, nous refléchons cette dernière vers la réhabilitation d’un terrain tout temps et vers l’église du Sacré-Coeur », explique la maire de la commune.

Autre point important, le plan de sobri-éthique communal à commencer à faire ses effets, notamment avec le réseau de chaleur initié par le SIAVED et la mise en chauffe de bâtiments emblématiques comme le nouveau complexe aquatique de Denain, mais il n’en demeure pas moins que des pans entiers des bâtiments publics sont encore à venir. « Notre Hôtel de Ville est une passoire énergétique. Là également, nous devrons faire des choix budgétaires », poursuit la première magistrate.

Enfin, concernant les recettes fiscales, Anne-Lise Dufour précise un sujet cardinal pour une commune. « Certes, pas un euro ne manque suite à la fin de la Taxe d’Habitation, elle est compensée par l’Etat, mais nous perdons la dynamique de cette dernière », conclut-elle. A noter que les communes conservent la recette fiscale directe des Taxes foncières bâties et non bâties, mais aussi la taxe d’habitation des résidences secondaires.

Pour l’opposition, les différentes paroles prennent acte de ces impératifs budgétaires face aux hausses respectives tous azimuts. Le début d’un échange piquant, par intermittence où Josha Hochart mettait en exergue « l’initiative de Sébastien Chenu à l’Assemblée nationale ». « Le député (de la 19ème) a abandonné son mandat local et communautaire, moins rémunérateur, pour sa fonction au sein de l’Assemblée nationale », tance David Audin. La réponse de l’élu du Rassemblement National fuse « j’ai connu le PCF plus inventif ! ».

Les Grangettes, l’histoire sans fin !

Comme pout tout, on s’habitue à un contentieux au long cours, sauf que ce dernier relatif à la participation de la commune au Syndicat « Les Grangettes » commence à prendre du volume…financier à l’heure où les communes sont en souffrance budgétaire absolu.

« Ce syndicat intercommunal comprenant 10 communes est un ancien modèle. Sur Denain, les enseignants ne veulent plus y participer. Donc, nous avons proposé au CCAS, mais nous nous apercevons que ce sont 4 à 5 familles, toujours les mêmes, bénéficiaires de ce dispositif de vacances de neige », explique Anne-Lise Dufour.

C’est pourquoi, la commune depuis des lustres souhaite sortir de ce syndicat, en 2003 sous l’ancienne équipe de Patrick Leroy, puis notre majorité en 2013, et de nouveau aujourd’hui en 2023. La ville de Denain a échoué, via une procédure de droit commun, car les statuts imposent 2/3 des votes des communes adhérentes en faveur de cette demande. « Cette fois, nous lançons deux autres initiatives juridiques, via un volet dérogatoire, car l’objet de l’adhésion a disparu compte tenu que nous n’envoyons plus de jeunes en classes de neige. Ensuite, la modification des statuts impose un vote à cet effet (c’est même un fondement de la vie juridique dans ce type de structure). Enfin, nous n’abandonnons pas le droit commune où nous redemanderons un vote des villes adhérentes », explique-t-elle

« Nous sommes prisonniers de ce syndicat », Anne-Lise Dufour

Pourquoi, cette nouvelle levée de bouclier…, elle est très simple. La hausse de l’énergie, et autres coûts, impose le choix d’une nouvelle contribution annuelle par le syndicat… pour les dix communes membres. « Nous passerions, via cette modification des statuts, de 97 777 euros à 160 652 euros, soit 64,30%. Concrètement, nous sommes prisonniers de ce syndicat  », indique la maire. En clair, cette nouvelle donne est la goutte d’eau qui fait déborder le vase.

Pour Joshua Hochart, la ville est dans son bon droit : « Nous vous suivons sur ce dossier à condition que d’autres solutions (dans l’ancienne enveloppe) soient proposés aux familles concernées ».

Pour Michèle Dandois, le choix est plus contestable : « C’est un échec collectif. Vous aviez l’occasion d’intervenir au sein de syndicat avant afin de trouver d’autres solutions ».

Haute tension sur le Sacré-Coeur

Evidemment, deux délibérations ont abordé le sujet de polémique du moment, le devenir de l’ancienne église du Sacré-Coeur. Anne-Lise Dufour rappelle le déroulé des épisodes précédents. « Nous avons présenté les résultats de l’étude avec les différents scénarios et les coûts associés, la destruction totale, la rénovation complète et la réhabilitation partielle. Nous avons choisi la réhabilitation partielle, pour un montant de 2,5 millions d’euros », commente la maire.

A cet effet, elle rappelle à plusieurs reprises que le choix de la rénovation complète n’a jamais été retenu par la majorité municipale. Cette réhabilitation partielle comprendra la façade notamment. Une inflexion arrive sur la table à travers une consultation citoyenne pour l’aménagement de la nef et du clocher « en lien avec le respect de l’histoire de cette église du Sacré-Coeur. Elle fait partie de l’architecture de la Place Baudin », mentionne-t-elle.

Pour Ludovic Tonneau, il met en exergue le choix de l’utilisation « du mot église dans votre délibération, alors que ce bâtiment a été désacralisé en 2013. Je vous demande de fait de reporter le vote de cette délibération. Cette ancienne église est votre échec. Ensuite, où est la démocratie participative sur ce projet ?  ».

Pour Michèle Dandois, le propos est plus virulent : « Ce vote est la suite de cette mascarade épouvantable. Vous voulez balayer un autre pan de notre patrimoine local, comme celui du Château du Parc Lebret. Le patrimoine n’est pas votre ami ».

Pour Joshua Hochart, la mauvaise décision est ailleurs. « Vous n’avez pas fait le choix de la préemption en son temps au moment où nous pouvions sauver l’intégralité de cette église ».

La maire répond, courrier et chiffres à l’appui, en soulignant « l’interpellation du Diocèse de Cambrai, en 2011, sur la problématique des travaux nécessaires sur cette église. Ensuite, la rénovation intégrale coûterait plus de 5 millions d’euros. Avez-vous des propositions à me faire afin de trouver cette somme Mme Dandois ? Enfin, je souligne que la situation financière est différente entre 2019 (programme de campagne municipal) et 2023 ».

La réforme des retraites abordée

L’introduction de deux motions contre la Réforme des Retraites a permis à l’édile de s’exprimer sur ce dossier électrique à plus d’un titre. Tour d’abord, elle fustige l’attitude de certains élus de la France Insoumise, notamment l’épisode du ballon de foot… « c’est lamentable. C’est extrêmement dangereux pour notre pays » ! Ensuite, elle marque son incompréhension « sur les carrières longues, la pénibilité, et les 1 200 euros ».

Suite à cette prise de position claire, Ludovic Tonneau s’étonne, de facto, de son « soutien à Emmanuel Macron au second tour de la Présidentielle et au candidat de la majorité présidentielle pour les législatives 2022 (sans un appel à faire barrage au RN au second tour) ». La réponse est très politique « j’ai voté contre l’extrême droite à la Présidentielle au second tour, puis je n’ai pas pris de position ni pour l’extrême droite, ni pour l’extrême gauche aux législatives ». Un classement sur l’échiquier politique de la NUPES dont il faudra se souvenir à la lumière des prochains mois agités au sein de cette coalition politique de gauche.

Daniel Carlier

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