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Mettre la T.A.B.L.E ensemble à la CAPH (1/4)

Au cours d’une journée copieuse dédiée à l’autonomie alimentaire sur le bassin de vie de La Porte du Hainaut, ce jeudi 11 mai 2023, 3 agriculteurs ont été visités à Flines-lez-Mortagne, Bousignies, et Hélesmes (articles à venir) en matinée, puis une table ronde dans l’après-midi avec des partages de vécu associatifs et institutionnels et la projection en soirée d’un documentaire « Paysans du Ciel à la Terre » d’une grande qualité pédagogique et visuelle (photo Philippe Fruitier).

Aymeric Robin : « Le vivant n’est pas un monde sans fin ! »

La politique au sens noble du terme peut agir, interagir, orienter, et impulser une dynamique sur la thématique d’une souveraineté alimentaire territoriale, peut-être plus que sur n’importe quel autre sujet, car le consommateur in fine est au coin de la rue. « Le vivant n’est pas un monde sans fin, nous devons le protéger. C’est un enjeu de santé publique, d’équilibre écologique, de développement économique (de proximité), et d’un soutien à la création de richesses. C’est dans ce cadre que nous portons un PAT (Projet d’Alimentation Territorial) afin de mobiliser tous les acteurs autour de notre projet T.A.B.L.E (Transition Alimentaire Bénéfique Locale et Equitable) », entame le Président de la Porte du Hainaut au cours de l’après-midi.

Dans cette optique, un PAT de niveau 1 a été labellisé pour 3 ans avec la participation à un concours où la CAPH a été lauréate, en novembre 2022, avec 100 000 euros à la clé « afin d’entamer des actions concrètes ».

« Un sujet au sommet de la pile », Frédéric Marchand

Un intervenant particulier était présent puisque le sénateur du Nord, Frédéric Marchand, est l’auteur d’un rapport commandé par le Gouvernement sur la souveraineté alimentaire présentée à deux Ministres, Julien Denormandie, ex ministre de l’Agriculture sous la première mandature, et Marc Fesneau actuel Ministre de l’Agriculture… et de la Souveraineté alimentaire. « Nous sommes très attentifs à votre rapport », poursuit Aymeric Robin.

Frédéric Marchand

Le sénateur a parcouru la France entière à la rencontre des territoires où il est revenu « avec un sac plein d’idées. L’alimentation est un sujet au sommet de la pile, car il couvre les thématiques de la santé, de la précarité, de la transition écologique, de l’emploi non délocalisable, de l’Education sans oublier une appétence à faire la cuisine. C’est pourquoi, j’apprécie votre commentaire d’une politique à moyen et long terme », souligne le sénateur.

Des témoignages éclairants sont intervenus de deux intercommunalités proches, le Douaisis et le Pévèle Carembault avec des initiatives très volontaristes dans le soutien aux agriculteurs de proximité. Evidemment, ces retours d’expérience parlent aux élus communautaires à travers 5 cuisines centrales (Denain, Escaudain, Douchy-les-Mines, Trith-st-Léger, et St-Amand-les-Eaux) et surtout chaque locuteur insiste sur la co-construction de ce PAT où « une culture alimentaire commune avec les habitants » doit émerger de ce projet comme le souligne la DRAAF Hauts de France (Direction régionale de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt).

L’humus, c’est la vie !

Le point d’orgue de cette journée consacrée à l’autonomie alimentaire était cette protection d’un documentaire d’1H25, réalisé en 4 ans, sur les agriculteurs et un travail de la terre autrement. « Nous sommes un peu un ovni, car nous n’avons reçu aucun soutien du monde cinéma, mais uniquement des collectivités locales et territoriales dont La Porte du Hainaut, presque la toute première. Aujourd’hui, avec cette projection, nous sommes à peu près à 12 000 spectateurs et notre documentaire sera projeté prochainement au Parlement européen à Bruxelles et au CESER », commente Philippe Fruitier, la voix de cette aventure filmée dans les airs avec des images spectaculaires dans l’Artois.

Sa conclusion résume totalement le message de ce documentaire et le débat a postériori. « Je n’utilise jamais le mot exploitant (agricole), car les agriculteurs sont des amoureux de la culture de la terre. Il ne faut jamais perdre de vue le rôle essentiel du consommateur. Les pratiques vertueuses sont moins chères au final pour celui-ci », ajoute Philippe Fruitier.

Le réalisateur de ce documentaire, Hervé Payen, peut revendiquer une création au message pédagogique puissant en faveur d’une agriculture, plus BIO, où la terre n’est pas bousculée.

Un chercher en la matière rappelle les 3 actions qu’un agriculteur devrait éviter : « La fertilisation générer de l’Azote, l’irrigation du méthane, et le labourage dégage du CO2 ». Pas simple à suivre pour tous les professionnels de la terre, de l’alimentation, mais comme dans tous les domaines, il ne faut pas forcer le destin.

Une nouvelle PAC très orientée

Dans les nouvelles bonnes pratiques, la plantation de haies, d’arbres, le retour de prairies fleuries sont extrêmement importantes pour le maintien des sols. A ce titre, un agriculteur témoin du Douaisis souligne « une nouvelle PAC très orientée (01 janvier 2024) » vers ces pratiques « qui ne va pas plaire à tout le monde ».

Depuis plus de 30 ans, Philippe Fruitier filme dans les airs cette terre qu’il respecte infiniment, mais constate depuis une dizaine d’années des coulées de boue « dont une infime partie se déroule en zone urbaine (comme sur Estreux en 2007). Tout se passe dans les champs agricoles où la terre perd de son vivant, car la porosité, c’est la vie. Notre capital, c’est l’humus ! », explique Philippe Fruitier.

Sur plus de 30 agriculteurs rencontrés, 8 figurent dans le rendu final, car tous « les sujets ne sont pas abordés dans ce documentaire. Nous avons fait des choix », ajoute-t-il. Au regard de l’assistance, environ 200 personnes au sein de la salle Leaud, le sujet est central face à une banque alimentaire de Valenciennes « offrant plus 5 600 repas en 2022 », et des agriculteurs dont l’objectif est « de réduire le fossé avec le consommateur afin de leur montrer des produits de qualité », commente Isabelle Pique, agricultrice laitière à Saint-Amand-les-Eaux.

Cette journée a marqué le lancement du projet PAT où un diagnostic au long cours est sur les fonts baptismaux : « Nous devons recenser la diversité des agricultures sur notre territoire, les besoins, les attentes, afin de cibler les actions nécessaires afin de promouvoir une autonomie alimentaire recherchée », conclut Aymeric Robin.

Daniel Carlier

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