Au bout de cette année électorale singulière, le renouvellement de la moitié des parlementaires locataires au Palais du Luxembourg apparaît presque anachronique ! Et pourtant, le dimanche 24 septembre prochain, l’élection d’une nouvelle majorité sénatoriale va de nouveau agiter la sphère politique française.

L’appli… politique

Qui l’eut cru ? En septembre 2011, la bascule à gauche de la majorité sénatoriale avait défrayé la chronique, un signe annonciateur de la razzia du P.S sur le pouvoir exécutif, mais également législatif sans compter une place de choix dans le pouvoir de proximité. Six ans plus tard, dire que le peuple français ne tourne même pas la tête d’un millimètre n’est qu’un pâle reflet de la réalité, tout le monde n’a que faire de cette élection dont le commun des mortels ne comprend pas son utilité.

Est-ce injuste au regard du travail des sénateurs, des sénatrices, où la simple évidence que dans un monde où tout va plus vite, les citoyens veulent un mode politique concret, rapide, pour ne pas dire aussi instantané que le téléchargement d’une application sur son smartphone. A contrario, il faut rappeler que le parlement est là pour voter la loi, une double lecture, parfois correctrice, n’est pas superflue face à la surabondance des normes.

Pas assez direct, et trop rapide !

Tout le paradoxe de la vie politique française se situe dans cette élection sénatoriale. L’électeur français a démontré qu’il voulait changer la règle du jeu. Aujourd’hui, après avoir annoncé l’eschatologie  de la vie politique française avec l’émergence d’un nouveau parti. L’opposition trouve que le débat est spolié, trop peu de joutes verbales, et en même temps, les Français veulent conduire des mesures applicables à la vitesse lumière. La précarité n’attend plus, le poids administratif ralentit les énergies, la France est paralysée par son propre ADN !

Le travail, parfois acharné, du Sénateur, Sénatrice, n’est pas en cause. Par contre, il donne l’impression d’être l’oeuvre d’architectes, plus ou moins pertinents, qui au final… ne bénéficieront jamais d’un permis de construire.

Chaque élu d’une collectivité locale, à fortiori territoriale, est un Grand électeur. De facto, il va voter le dimanche 24 septembre… peut-être pour la dernière fois ? Le Président de la République a annoncé une réduction d’1/3 du nombre des parlementaires, à l’Assemblée nationale, au Sénat, et au CESER (conseil économique, social et environnemental régional) à la fin de son mandat, donc pour la prochaine élection en 2022. Au niveau de l’Assemblée nationale, devinez quel est le parti politique  qui profitera de la réunion de la 19ème, 20ème, et 21ème, c’est assez facile à visualiser au regard des résultats de juin 2017.

Pour autant, cette réforme est courageuse, indéniablement, mais pas audacieuse, car le Président de la République sait pertinemment que même le Général de Gaulle n’a pas été suivi par les Français sur ce point. Et pourtant, si un référendum était présenté aujourd’hui avec la fin du CESER et la fusion de la chambre haute et basse, quelle serait la réponse des urnes ?

Un jour ailleurs…. la transparence !

Le vieux monde est encore vivace, le barrage du Président du Sénat, Gérard  Larcher, face à la police judiciaire suite à l’enquête ouverte à l’endroit de Michel Mercier, ancien ministre et membre du Conseil constitutionnel, constitue un symbole d’un autre temps. La séparation des pouvoirs a bon dos, parlons plutôt du maintien d’un droit de regard du citoyen, mais à distance respectable. On veut bien être un élu du peuple, même indirectement comme les sénateurs, sénatrices, mais il ne faudrait pas non plus lui demander trop son avis, et ainsi répondre à son souci du bien fondé de l’utilisation d’un euro public… grosse fatigue la transparence !

Bien sûr, tout savoir sur tout et n’importe quoi n’est pas adapté à la vie politique française. Indiquez avec qui un élu prend un café est peu propice à la concertation politique, le jeu parlementaire indispensable en coulisses, bien plus essentiel que les effets de manche dans l’hémicycle.

Quel que soit son obédience politique, voire sans terre d’accueil de ses  convictions, il est limpide que l’élu politique doit modifier son rapport au citoyen. Alors, le Sénat est-il encore un organe démocratique, et politique, utile pour les Français ? Le monde politique a peur de cette réponse, et il est fort probable qu’en 2022 un candidat(e) brandisse comme un étendard la suppression pure et simple du Sénat et du CESER. En 2017, de nouveaux partis politiques sont nés sur les vestiges des us et coutumes. Certes, le bouleversement politique fut inédit, mais construit sur le socle de la Vème République.

Demain, la lenteur du résultat de l’action politique dans l’assiette du citoyen imposera une démocratie plus directe, et se construira sur les cendres d’un bicamérisme dépassé.

Ce propos est-il véritablement subversif, là est la question ?

Publié par Daniel Carlier le 6 août 2017
Election sénatoriale Sénat
Dernière séance pour le Sénat ?
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