La fermeture pour une durée indéterminée du Pont Villars à Valenciennes fait ressurgir les vieux dossiers oubliés, les choix stratégiques, et surtout l’Arlésienne depuis 15 ans sur le Valenciennois, le 4ème pont. Un choix politique d’hier que les Valenciennois payent cash aujourd’hui. C’est l’enquête du jour avec les commentaires de Jean-Claude Dulieu et de Jean-Noel Verfaillie (partie du dossier de presse de la CAVM en fin d’article).

(Visuel logements expropriés pour le 4ème pont-Site face à la salle des Tertiales à Valenciennes)

Jean-Claude Dulieu : « On a justifié avec des outils techniques un choix politique »

Valenciennes est une ville construite autour de l’Escaut, sa position commerciale de premier plan, depuis plus de 1 000 ans, a nécessité à travers les siècles la construction de ponts entre les deux rives de l’Escaut. L’Escaut sépare la ville de Valenciennes, et même les diocèses puisque d’un coté, c’est le diocèse de Cambrai, de l’autre, c’est le diocèse d’Arras.

Avec l’avènement de la voiture, du tout automobile au fil des années, trois ponts ont été érigés, le pont Jacob, celui de l’Avenue Faidherbe, et le fameux pont Villars reliant l’Avenue Villars axe principal de l’entrée nord de Valenciennes. C’est pourquoi, le problème du flux de voitures, de l’engorgement routier s’est posé déjà fin des années 90. L’idée d’un 4ème pont n’est pas neuve, elle s’est dessinée sous la Présidence de Jean-Louis Borloo à Valenciennes Métropole. Un choix visionnaire, incontournable, présenté, évalué, et approuvé par une majorité des élus du Conseil communautaire.

Jean-Claude Dulieu, élu à la ville de Valenciennes depuis les années 80, Conseiller départemental, et délégué communautaire depuis l’origine de Valenciennes Métropole explique. « Des techniciens du SITURV (sous la présidence de Francis Decourrière) sont venus nous expliquer, logiciel de simulation à l’appui, que le passage du tramway sur le pont Jacob justifiait la construction d’un 4ème pont». Il devait se situer au niveau de la Serre Numérique aujourd’hui.

Mais, le plus cocasse vient… « les mêmes techniciens du SITURV, avec les outils identiques, sont venus nous justifier qu’ils n’y avaient pas de problèmes pour passer sur le Pont Jacob au niveau des voitures. On a justifié avec des outils techniques un choix politique… »… car on venait d’abandonner le projet 4ème pont pour le Stade du Hainaut.

Cet abandon a un impact clair pour Jean-Claude Dulieu : « Ce fut une grave erreur stratégique et nous avons l’effet boomerang aujourd’hui ».

Certes, le raccordement A2/A23 est un vecteur positif de désengorgement de l’entrée sud de Valenciennes, au niveau de la Sentinelle particulièrement, mais pour l’entrée nord, le problème reste entier.

Un projet  4ème ont sacrifié sur l’autel du football and co.

Ce projet de 4ème pont était très avancé. En effet, des expropriations foncières avaient déjà été opérées dans ce cadre (voir visuel en haut de l’article). Acte légal administratif où des personnes morales et physiques ont été, au juste prix, indemnisés pour le dit projet. Sauf que, à la surprise d’un exproprié apprenant que ce projet du 4ème pont était abandonné. «  J’ai téléphoné au service concerné de la collectivité qui m’a indiqué que le projet était abandonné en faveur du Stade du Hainaut », explique l’ancien propriétaire.

En effet, l’émergence du Stade du Hainaut, avec comme locataire principal le VAFC, sous la présidence de Francis Decourrière a enterré le 4ème pont. Un Stade du Hainaut voté par l’assemblée communautaire à hauteur de 40 millions d’euros, et finissant à hauteur de 100 millions d’euros, un montant fustigé par le Chambre régionale des Comptes en décembre 2016.

« Dominique Riquet a toujours été favorable au 4ème pont », Jean-Noel Verfaillie

Un abandon étonnant car Dominique Riquet, maire de Valenciennes à cette époque « avait fait les réserves foncières nécessaires (d’où les expropriations), il a toujours été favorable au 4ème pont »,souligne Jean-Noël Verfaillie, Conseiller départemental et élu d’opposition à Marly. L’arbitrage de la présidence communautaire a été tout autre, et on est passé d’une politique de projets, d’aménagement du territoire et économique…car cet ouvrage d’art aurait eut un impact bien plus large que son édification, à un un projet individuel pour le sport d’élite… C’est un choix politique « alors que le rôle d’un élu est d’avoir une vision stratégique pour sa ville, son territoire », précise Jean-Noël Verfaillie.

Ensuite, l’option d’un stade de football pour le sport d’élite ne faisait pas l’unanimité (même s’il a été voté). « J’ai toujours été contre ce Stade du Hainaut, le compte-rendu de la DSP (Vert-Marine), année après année, nous indique que ce projet n’était pas nécessaire », ajoute Jean-Noël Verfaillie. Clairement, un 4ème pont constituait bien plus qu’un ouvrage d’art, mais un axe de fluidité routière pour les particuliers et les entreprises. «  Et les Valenciennois payent cette carence tous les jours », ajoute le Conseiller départemental.

Jean-Noël Verfaillie : «  Le contournement nord ne concerne pas le même flux de véhicules »

Valérie Létard a plusieurs fois justifié l’abandon de ce 4ème pont par l’émergence du Contournement Nord. Déjà en terme de date, le 4ème fut abandonné bien avant la validation par le Conseil départemental du Nord. D’ailleurs, ce tronçon de 5,5 km, pour un coût de 120 millions d’euros, était tout à fait incertain sous la présidence de Bernard Derosier, c’est d’une mauvaise foi sans nom que d’affirmer que ce Contournement Nord était gravé dans le marbre par le Conseil général du Nord, sous la Présidence de Bernard Derosier. Certains chefs d’entreprises peuvent l’attester preuves à l’appui.

Cela s’est traduit dans les faits, sous la houlette de Rémy Pauvros, en 2010/2011, mais pas avant. Et surtout, le financement PRINCIPAL inscrit au budget (et débloqué par tranches), est arrivé uniquement sous la présidence de Jean-René Lecerf en 2015, point final. C’est de fait un argument écran de fumée.

Ensuite, la géographie tout simplement, là également l’affirmation est battue en brèche par le positionnement du 4ème pont et du 5ème pont intégré dans le contournement Nord, ce n’est pas le même secteur routier. Jean-Noël Verfaillie confirme : «  Le contournement nord ne concerne pas le même flux de véhicules ».

Jean-Claude Dulieu, conseiller départemental abonde ce raisonnement : «  A l’époque, on parlait même d’un 5ème pont (du contournement nord) réalisé avant même le 4ème pont. »

Le raisonnement du transport ne s’arrête pas là. «  J’ai toujours travaillé avec des élus en faveur du transport. C’est pourquoi, l’idée d’un Palais des Congrès est un autre sujet. Par contre, son installation sur un espace foncier (Rives Créatives de l’Escaut) qui n’est pas encore desservi, si ce n’est le tramway, est une aberration. De même, pour 600 logements sur Marly pour lesquels on s’inquiète qu’il n’y est pas de transport en commun. On fait tout à l’envers à Valenciennes Métropole », ajoute-t-il. 

Lors de l’inauguration de la Cité des Congrès Valenciennes, Jean-Noël Verfaillie a demandé à la 1ère sénatrice si « elle avait prévu un service de gondoles sur l’Escaut pour accéder à la Cité des Congrès »…La sénatrice a bien ri…sauf que les Valenciennois ne rient plus du tout. Et ceci bien avant le pont Villars, bien sûr, depuis sa fermeture c’est l’apocalypse annoncée !

Outre un crash financier pour la ville de Valenciennes, c’est un poison lent et incurable pour l’économie de proximité, les commerçants etc. car dès la rentrée scolaire, les problèmes vont commencer véritablement. Tout sauf rentrer dans Valenciennes, voilà déjà le mot d’ordre véhiculé sur les réseaux sociaux, et on ne peut donner tort à ce message. Toutefois, le transport par le Tramway, l’utilisation des P+R seraient des outils de substitution pour atteindre la ville de Valenciennes…

Voilà l’itinéraire d’un 4ème pont avorté, un projet crucial pour l’avenir collectif du Valenciennois, délaissé, sacrifié pour des intérêts sportifs, mais aussi divers et variés.

Partie du dossier de presse de Valenciennes Métropole à l’époque

dprese

Publié par Daniel Carlier le 13 avril 2017
4ème pont Jean Noël Verfaillie Jean-Claude Dulieu Valenciennes
Jean-Claude Dulieu : « Abandon du 4ème pont, l’effet boomerang aujourd’hui »
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