Article « Coup au Coeur » de la rédaction tant le mimétisme entre la campagne présidentielle et le déroulé de ce spectacle « Fight Night » fut cinglant durant ces Turbulentes 2017. Retour sur un spectacle participatif, où l’explication de vos idées stéréotypées est concomitante avec votre choix politique

(Les 3 finalistes)

Cinq choix libres, mais ô combien conditionnés

Samedi soir avec Fight Night, la compagnie belge Ontroerend Goed s’est jetée dans l’arène de la présidentielle française. Un jeu de comédiens délicieux et acide à travers un spectacle participatif où 5 candidats sont en compétition ; seul un accède au château de l’Elysée… et c’est vous qui décidiez !

Dès l’entrée, les organisateurs remettent à chaque participant un petit boîtier électronique afin qu’il vote pour son candidat préféré. Puis, un présentateur vient vous éclairer sur le déroulement, et via quelques questions dresse le profil de l’assemblée du jour, 303 personnes samedi soir avec une majorité féminine. Après cet encas vient la présentation des candidat(e)s, et la venue en duo ou en groupes s’avérait essentiel et propice à l’échange, son choix de vote discret ou partagé etc., c’est le principe d’une pièce participative de la scène vers le public, et du public vers lui même, les solitaires naïfs ont raté l’essence même de cette performance. L’objectif fut atteint par cette compagnie d’outre-Quiévrain, car cela babillait  partout dans les rangs de l’auditorium du Boulon.

Mikai : «  Je remercie tous les électeurs ayant voté pour moi, et surtout les électeurs n’ayant pas voté du tout. Votre apathie m’a fait gagné »

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Les candidats pour la présentation initiale

Mikaï, Aurélie, Grégory, Jérémy, et Rilke, voilà les noms des 5 candidats en lice, pas trop jeunes, pas trop vieux, mais mariés, ou pas, de taille hétérogène, de visuels différents, vêtus de manière très éclectique… , et avec ces succinctes informations portées à la connaissance du public, un vote est demandé immédiatement. Mikaï remporte ce premier round qu’il analyse finement «  Je remercie tous les électeurs ayant voté pour moi, et surtout les électeurs n’ayant pas voté du tout. Votre apathie m’a fait gagné ».

A l’issue de cette consultation populaire, un candidat devait être éliminé, une femme en l’occurence Rilke ; et pourtant le jeu des alliances a fait basculer, la stratégie « pour éliminer le plus dangereux », souligne Aurélie. Ces compromissions ont éjecté Grégory.

Ensuite, des propos, voire commentaires, prononcés par les candidats furent affichés de manière anonyme, le public a classé ses préférences et ses réprobations. Puis, ce classement répercuté sur les candidats a éliminé un concurrent, Aurélie.

Plus que trois, et cette fois, chacun d’entre eux défend sa personnalité, voire ses idées. Rilke, plus percutante porta le fer pour marquer sa personnalité «  et faire respecter les minorités », elle fut très pugnace. Jérémy, c’est l’anti tout, il propose à l’assemblée de voter un chiffre précis, non donné, par le présentateur, et de venir s’asseoir autour de la scène (visuel en accueil)  Il harangue la foule, il brasse les esprits, les consciences, et il fut diablement convaincant.

Mikai, toujours gagnant à chaque consultation, est le baromètre, le plus conciliant, le plus démocrate, et le plus respectueux de l’avis du peuple. Il dit avec justesse « le seul sondage qui compte est l’élection suivante. Chaque candidat capte des voix, chaque manipulation vole votre choix ».

Et puis, le présentateur se mêle à cette élection de façon inopinée, Hervé incarne le changement.

Sur ce vote, Hervé est dégagé de suite, puis Rilke ne passe pas la joute suivante.

Il reste Jérémy et Mikai. Jérémy, le grand manipulateur demande à ses soutiens dans l’assemblée de rendre leur boîtier, et de sortir de la salle avec lui ; c’est l’option où l’on renverse la table.

Mikai poursuit dans le sens de la démocratie participative « n’abandonnez pas vos choix ».

Au final, Mikaï a remporté chaque vote un par un, démocratiquement, sans discussion, et de manière implacable.

Ce résultat fait rejaillir à l’esprit le film mythique « Trainspotting » où Ewan McGregor , à la fin de ce film, énumère son avenir inéluctable comme une litanie. Après avoir touché le fond, et éviter un délabrement total, le personnage principal de ce long métrage vogue vers un avenir sans surface, sans relief, où tout est écrit, parmi des personnes soit-disantes emphatiques, mais au contraire d’une cruelle fausseté envers autrui pour le prix d’un confort personnel, face a sa crédulité pathétique éparpillée à jamais comme une volée de moineaux, il s’évapore dans la réalité du quotidien. Tout cela peut s’apparenter à un vote électoral aussi indéterminé que programmé dans nos consciences… Le plus étonnant est que que l’acteur ne finit pas pendu comme les illusions de Mikai, car la corde attend toujours son heure pour la démocratie et tant d’autres !

Crédit vidéo : Max’s Prod , plus d’infos sur maxsprod.fr

Publié par Daniel Carlier le 2 mai 2017
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