La belle histoire a commencé il y a presque 20 ans. L’option théâtre des lycées Watteau et de l’Escaut est née en même temps que l’inauguration du Phénix, en 1998. Aujourd’hui, elle continue de plus belle et fait de jolis petits. Le partenariat étroit entre la Scène Nationale et l’ Éducation Nationale fait passer des milliers d’élèves par l’entrée des artistes. Ce samedi soir, c’est la promotion 2017 qui va présenter le fruit de son travail. La restitution, gratuite, est ouverte au public, de 17h à 19h pour le collège et les 2ndes, et de 20h à 22h30 pour les 1eres et Terminales.

Un partenariat rare en France, entre une Scène Nationale et l’ Éducation Nationale, une vraie chance pour le territoire.

Cette option théâtre se joue dans trois établissements, le collège et le lycée Watteau ainsi que le lycée de l’Escaut pour plus de 200 élèves, 13 au collège, 96 à Watteau et 95 à l’Escaut. 58 h d’ateliers par semaine, 64,5h d’ateliers menés avec des intervenants de manière ponctuelle mais aussi avec des artistes sur le long cours : Julien Aillet, Cédric Orain, Sophie Rousseau, Céline Clergé, Marion Zaboitzeff. 2506 places de spectacle sur la saison 2016/2017. Une envie de faire du théâtre certes mais aussi d’être spectateur. La tentation de la culture ? Le meilleur moyen d’y résister est d’y succomber, non ?

Le Phénix crée des rencontres et tisse des liens. « C’est la mission de transmission que l’on a envers les plus jeunes. C’est exceptionnel et très riche »

Dans la salle de pédagogie du Phénix bossent les quelque 200 élèves de 2nde, 1ere et Terminale et depuis presque deux ans,  des élèves de 3e du collège Watteau, pour une initiation, appelée « atelier artistique ». Ce projet a vu passer différents chefs d’établissements, professeurs, tous volontaires pour faire perdurer cette option. Des enseignants passionnés qui s’investissent beaucoup, certains emmènent même un groupe à Avignon pour le festival cet été. Ça c’est du cadeau de fin d’année !

Cette option théâtre n’est pas réservée aux « Littéraires », même si Watteau a une couleur littéraire et l’Escaut plus scientifique, ici, toutes les filières sont confondues sur  scène, et ils aiment ça ces jeunes !

Il faut dire que le Phénix permet aussi aux élèves  de bénéficier non seulement des infrastructures du théâtre, mais de s’immerger, de vivre la vie du théâtre. Ce qui fait naître des croisements, des rencontres, avec les artistes, ils vont en répétitions, en master class, ils  questionnent des metteurs en scène etc. D’ailleurs les enseignants travaillent aussi avec les metteurs en scène, comme avec la compagnie La Traversée (Cédric Orain, pôle européen de création), artiste soutenu depuis plusieurs années et qui s’investit auprès de le jeune génération. Hugo Dewasmes, le directeur de la communication parle de cet aspect  extrêmement important de l’activité du Phénix « dans la mission de transmission que l’on a envers les plus jeunes. C’est exceptionnel et très riche. »

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Un « parcours du spectateur » crée par Le Phénix pour guider les lycéens toute la saison et  plus si affinités.

Via ce parcours, le Phénix propose des spectacles obligatoires, entre cinq et sept dans la saison, petite anecdote, il y a même une poignée d’élèves qui a fait toutes les pièces…Les professeurs créent leur programme en tenant compte de celui du Phénix et des thématiques obligatoires imposées par l’Éducation Nationale pour que les élèves aient une approche du classique et un panorama des plus complets. Le travail se fait sur des  spectacles joués au Phénix, parmi ceux de cette saison il y a eu Ceux qui errent ne se trompent pas, La résistible ascension d’Arturo Ui,…les lycéens établissent des compte-rendus avec une vraie analyse du spectacle.

les eleves de l escaut enr epet dans la salle des pedagogies

Le point de vue des enseignants.

Séverine Ollivier, professeur au lycée de l’Escaut et Luce Troadec, au lycée Watteau nous parlent de cette option.

Dans la salle de pédagogie, ce mercredi après-midi, les lycéens répètent . Un peu de stress. Les textes sont connus. Les voix posées. La gestuelle en place. La musique, piano, guitare et accordéon, jouée par trois lycéens. Les regards. La respiration. Le groupe travaille ensemble, chaque individu a sa place et joue son rôle. La professeure Séverine Ollivier donne des conseils, elle ajuste, elle corrige, elle est accompagnée d’Anne Lepla, de la compagne 2L qui apporte son regard extérieur et artistique.

Une transmission de l’amour de la culture ? « Dans cette société formatée, c’est un espace de création qui ne fait pas de mal. L’école du spectateur offre aux élèves la possibilité de voir beaucoup de spectacles, ce qui nous permet d’exploiter cela avec eux. Ils construisent un regard critique pour nourrir leur devoir citoyen, on peut parler de construction identitaire. Ils ont un regard nuancé, construit, sur ce qu’ils voient. » Certifiée de théâtre, Séverine Ollivier est aussi chanteuse lyrique, après dix années d’ateliers artistiques en collège, la passionnée guide l’option depuis trois ans, et y voit « l’évolution du groupe. Au début, on a travaillé pour faire naître un climat de confiance, enlever la peur du jugement. Ça passe au fur et à mesure, on apprend à faire avancer, à construire. Chacun doit se sentir bien et à sa place. »

Dans l’autre salle, c’est Luce Troadec, professeure de lettres et certifiée de théâtre à Watteau, qui donne cours. Elle détaille la spécificité du lycée Watteau, des enseignements artistiques sont proposés à partir de  la Terminale L et pour les options théâtre « une option facultative ouverte pour toutes les filières, 3h/semaine et une pour les mordus, c’est l’option « art » qui comprend trois thèmes : théâtre, arts plastiques et musique, de 5h/semaine. Certains élèves suivent les deux…le profil des élèves est très varié. C’est une aventure collective, un travail d’équipe, un épanouissement personnel, certains sont plus extravertis, d’autres plus réservés, ils sont obligés de casser leurs propres barrières intérieures. ..»

sous le regard attentif de leur prof

Le point de vue des élèves.

Les 1eres et Terminales se sont penchées sur le théâtre comme miroir sociétal, comment le théâtre dit le monde dans lequel nous vivons. Ils ont soulevé des interrogations sur le vivre ensemble, la démocratie, la place de chacun. Les 1ères joueront un extrait de Un jour en plus, de Guillaume Deman. L’histoire : Michel pourrait être n’importe lequel d’entre nous. Un jour, alors qu’il s’apprête à sortir de chez lui pour aller travailler, il se dit : « À quoi bon ? ». En fait, Monsieur Tout le monde, alias Michel, rappelle avec humour et gravité mêlés à quel point nous avons besoin de sens. Parmi les élèves en répétition, Laurie est en 1ere Scientifique, avec un projet professionnel presque dessiné, direction le métier de pédiatre. Souriante, elle a mis les pieds dans l’option théâtre en classe de 2nde avec « l’ objectif de vaincre ma timidité. Je me suis découverte au théâtre. Peu à peu on évolue grâce au théâtre. Au départ je n’osais pas, maintenant mon rapport avec les gens a changé. Ça va apporter quelque chose dans ma vie ! »

Pétillante, Laura est en 1ere Science Technique et Labo, elle a commencé en 5e. « J’ai commencé au collège, pour voir, pour aider à m’exprimer, pour la timidité, pour la confiance en soi. C’est une bonne aventure. J’ai accroché. Cela nous met en confiance, c’est une aide.  » Celle qui se destine à des études de préparatrice en pharmacie, sans aucune timidité, lance « j’ai une folie en moi que je dois exprimer. J’apporte quelque chose au spectacle. Plus tard, je ne pourrai jamais arrêter le théâtre, je veux qu’il continue toujours, je me vois bien dans une petite troupe, une petite compagnie.. » On lui laissera les mots de la fin :  « au théâtre, dans ce rôle que l’on joue, on y amène quelque chose de personnel ! On y met de notre personnalité. On donne de nous quoi ! Le théâtre est une ouverture sur les gens, une ouverture sur le monde…». C.Q.F.D.

Publié par Celine Druart le 18 mai 2017
Le Phénix lycée de l'Escaut Lycée Watteau option théâtre
(Le Phénix) Coup de projecteur sur l’option théâtre des lycées Watteau et de l’Escaut.
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