Malgré un outil médical public ultra performant, les indicateurs de santé demeurent catastrophiques sur le bassin de vie du Grand Hainaut. Dans cette optique, le CHV lance son projet d’établissement 2018/2023 avec une approche de santé globale. Originalité absolue, cette réflexion est décrite dans un roman d’anticipation dont le titre est « Le Choix Heureux d’une Vie ».

Dr. Isabelle Girard Buttaz, Présidente de la Commission Médicale d’Etablissement : « Il faut sortir du fatalisme »

Ce projet d’établissement « mené seul par le CHV », précise le Dr. Isabelle Girard Buttaz, est original à plus d’un titre. En effet, il n’égrène pas une liste à la Prévert portant sur des transformations, des nouveautés en management, des innovations techniques, des colonnes de chiffres abscons etc. ; on oublie ce raisonnement daté. Le changement est ailleurs. « Concernant le fonctionnement interne, emmené par l’ancien directeur Philippe Jahan, la révolution est en place à travers une indépendance des pôles reconnue. Aujourd’hui, le directeur, Rodolphe Bourret, impulse une nouvelle réflexion d’un hôpital public hors les murs », commente Armand Audegond, le président du Conseil de Surveillance du CHV.

Cette idée repose d’abord sur une nouvelle approche du sujet. « Nous passons d’une offre de soins à une réflexion globale de santé », explique le Dr. Isabelle Girard Buttaz. En filigrane, un outil médical, même le plus performant possible, a une pertinence si son utilisation est avérée, récurrente, et si possible la plus préventive possible. Dans ce cadre, la sphère de santé doit s’élargir afin que cette population vienne réaliser des examens dès les premiers signes…. ! « Des spécialistes médicaux d’autres régions constatent (malheureusement) la prise en charge beaucoup trop tardive de patients avec une pathologie pas vu depuis 20 à 30 ans dans d’autres territoires », assène le président du Conseil de Surveillance.

« C’est un projet d’établissement  de rupture », Dr. Isabelle Girard Buttaz

Le constat chiffré est sans appel, + 31 % de surmortalité sur ce bassin de vie, soit plus de 2 500 à 3 000 décès supplémentaires par an. « On peut les comparer aux données nationales concernant les décès en terme de sécurité routière », mentionne le Directeur général du CHV. Glaçant, mais il devient limpide que la course à la dernière technologie médicale ne suffit pas pour baisser ce taux de surmortalité calamiteux « notamment en terme de cancérologie et maladies vasculaires.  Il faut sortir du fatalisme, les choses sont modifiables sur la durée», précise Dr. Isabelle Girard Buttaz. Arrêtons l’autoflagélation, voilà le message envoyé par la présidente du CME, il est clair que le tempérament de « Bosseur » accordé aux nordistes se conjugue également avec un certain fatalisme sur le volet médical, cela arrive parce que cela devait arriver…, un négativisme à remplir les cimetières !  

Il faut changer le paradigme, le logiciel de pensée supposant que le patient fera tout le nécessaire pour réaliser les examens médicaux préventifs. C’est faux ! « C’est un projet d’établissement de rupture. Evidemment, les effets chiffrés ne seront visibles que dans 10 à 15 ans seulement », précise le Dr. Isabelle Girard Buttaz.

Pour l’essentiel, ce projet d’établissement insiste sur l’ouverture à la population, élargir le champ de santé avec les acteurs de 1er soins (les médecins libéraux), l’Université Polytechnique Hauts-de-France, le monde scolaire, les acteurs politiques, les clubs sportifs… En clair, il faut parler de santé ailleurs que dans le milieu confiné de l’hôpital public, voire privé. Il faut sortir de l’hôpital pour développer la santé publique.

L’agilité est un autre axe de progrès, l’offre de soins doit s’adapter aux territoires de Fourmies à Cambrai en passant par l’hôpital public de référence, le CHV. « Le développement de l’ambulatoire est conséquent tout comme l’envie pour le patient de revenir rapidement chez lui après une hospitalisation », souligne le DG de l’hôpital public.

La santé 2.0

« A ce titre, la formation et la recherche sont importantes. Cela peut d’ailleurs conjuguer aussi économie et emplois dans le domaine médical. Nous voulons ainsi amplifier l’innovation médicale, inciter des starts-up à trouver des solutions innovantes dans le domaine de la digitalisation médicale par exemple », précise Rodolphe Bourret.  La digitalisation constitue mécaniquement un progrès tangible, et palpable. « Le patient pourrait organiser son cycle d’examens sur sa tablette, recevoir des alertes sur les mobiles etc. ! En même temps, ces données seront consultables par les praticiens du GHT avec la confidentialité naturelle par rapport à un patient », explique le Dr. Isabelle Girard Buttaz. Attention, ce n’est pas le DMP (Dossier Médical Partagé) que vous pouvez créer via www.dmp.fr

En effet, le liant entre le citoyen et sa santé au quotidien constitue sans doute le champ de progrès le plus incroyable. Imaginons qu’au petit matin, des outils de surveillance médicale vérifient vos données personnelles, tension, battement du coeur, glycémie, etc. aussi vite qu’un battement de cil. Dès la moindre anomalie, un rendez-vous est pris à votre hôpital de référence, votre médecin, votre spécialiste, le chemin 2.0 de la santé du XXIème siècle.

« Le CHV doit s’ouvrir sur la cité », Armand Audegond

Bien évidemment, ce projet d’établissement du CHV a une résonance sur l’ensemble du GHT Grand Hainaut (Groupement Hospitalier de Territoire), un dès plus important de France comprenant les 12 établissements publics de santé, 850 000 habitants, pour 15 000 salariés.

Sur la durée de ce projet d’établissement, le CHV investira environ 75 millions d’euros, pas un chiffre astronomique, mais ce n’est pas du tout l’essentiel du message, il est ailleurs ! Peu importe l’investissement après tout, l’important est le chemin (préventif) retrouvé du patient vers sa santé. « Il y a 4 stades en terme de cancérologie, un patient qui attend un mois de plus pour une pathologie ORL perd un stade, et perd des chances de guérison », illustre le Dr Isabelle Girard Buttaz.

« Nous parlons d’une prévention tout au long de la vie. C’est pourquoi, nous devons collaborer avec des acteurs extérieurs comme l’entreprise Toyota, le VAFC, l’Université Polytechnique Hauts-de-France, les agglos, le Pôle Métropolitain… Le CHV doit s’ouvrir sur la cité. Dans ce cadre, il faut revoir également notre manière de communiquer », ajoute Armand Audegond.

La communication autrement…

Preuve que la santé peut se penser autrement, le CHV poursuit un cycle de collaboration culturelle avec des acteurs comme la scène nationale Le Phénix, récemment l’Orchestre National de Lille.  La culture constitue incontestablement un temps de santé autrement !

Justement, le CHV innove en manière de communication avec une « première en France. Nous avons choisi de présenter notre projet d’établissement à travers un roman. L’auteure, Christine Desrousseaux, originaire de Lille, a écrit le récit d’une infirmière coordonatrice au sein du CHV avec un rappel de ce projet d’établissement. Ce livre sera disponible dans le circuit classique de diffusion, librairie etc. (coût 6€) », explique Rodolphe Bourret. Exercice pour le moins original rendu possible grâce à l’éditeur « Page à Page », ce roman «  Le Choix Heureux d’une Vie » fera l’objet d’un moment de dédicace le 04 décembre de 13H30 à 15H30 dans le hall de l’hôpital Jean Bernard.

Plus d’infos sur ce projet d’établissement sur www.ch-valenciennes.fr

Daniel Carlier

Publié par Daniel Carlier le 14 novembre 2018
Armand Audegond CHV Dr. Isabelle Girard Buttaz. Rodolphe Bourret
La 1ère pierre d’une santé globale
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