La ville de Valenciennes constitue un enjeu fondamental dans le déploiement d’élus locaux, marcheurs ou assimilés, pour la LREM. Les parties en présence ont pleinement conscience de ce double enjeu, réélection pour l’un, ancrage local pour l’autre, voire grands électeurs pour les sénatoriales. Entretien avec Delphine Alexandre et Pascal Marcy, co-animateurs du comité LREM Valenciennes.

Delphine Alexandre : « La démocratie participative fait partie intégrante du programme LREM »

La vie politique est tout sauf un long fleuve tranquille que ce soit pour les partis historiques ou les très jeunes comme la France Insoumise et en l’occurrence la LREM, passée de mouvement à parti politique* en 2017.

Coup de rétro…

En ce qui concerne le mouvement originel « En Marche » sur Valenciennes, Delphine Alexandre fut la figure de proue de cette aventure politique improbable, mais victorieuse. « Nous étions 12 ou 13 marcheurs le 12 novembre 2016. Aujourd’hui, sur le comité Valenciennes, nous sommes 384 membres. Ensuite, pour la diffusion du mouvement « En Marche », j’ai appuyé les différentes créations de comités locaux. En 2019, il y a une dizaine de comité LREM sur le Valenciennois », explique Delphine Alexandre, animatrice du comité de Valenciennes en compagnie de Pascale Marcy, co-animateur du dit comité.

Son rôle ne s’arrête pas dans la localité, puisque Delphine Alexandre fait partie de l’équipe départementale, au Pôle élu, dont Delphine Garnier est la référente pour le Nord depuis septembre 2018.

L’autre partenaire de cette future alliance politique, le maire sortant est rapidement devenu Macron compatible dès les premiers grands meeting d’Emmanuel Macron en 2016, puis 2017. Fort de ce credit, la 21ème circonscription « fut la seule gelée en juin 2017 », précise Delphine Alexandre avec de fait l’absence d’une liste « En Marche ».

Ensuite, le maire de Valenciennes a bénéficié du soutien officiel du parti présidentiel, le 17 juin 2019. « Nous avons salué la décision de la CNI (Commission Nationale d’Investiture) de la LREM, comme celles sur Dunkerque et Roubaix », précise la responsable du comité local.

Enfin, au chapitre du regard dans le rétroviseur, Laurent Degallaix a choisi d’accepter une procédure de « Plaider Coupable » où il fut condamné à une amende 25 000 €, sans inéligibilité, et avec un retrait au casier judiciaire (extrait N°2). « Si Laurent Degallaix avait reçu une condamnation avec une mention à son casier judiciaire (N°2), LREM n’aurait plus soutenu Laurent Degallaix. En l’état, la situation n’est pas bloquante », affirme Delphine Alexandre.

Et demain la LREM à Valenciennes

Les premier propos de Laurent Degallaix à l’annonce officielle du soutien officiel de la LREM furent une volonté de construire une grande liste de rassemblement. Ô combien vertueux dans l’esprit, ô combien difficile dans les faits compte tenu d’une majorité actuelle composée de membres de l’UDI et du parti LR, car Laurent Degallaix a demandé et obtenu ces deux investitures en 2014.

De l’autre coté de la table, le comité local de LREM n’a pas faibli sur le terrain. « A l’instar de la Grande Marche où les Marcheurs ont sondé 25 000 français(e)s durant la campagne d’Emmanuel Macron, nous avons lancé La Grande Marche de Valenciennes afin de reproduire cette démarche au niveau local », explique-t-elle.

Divisé en 6 quartiers, durant 4 mois, plus de 700 portes ont été frappées avec 309 questionnaires remplis. « Nous restions minimum 10 minutes avec chaque personne afin de poser toutes les questions et de converser ». Toute personne ayant participé déjà un porte à porte peut mesurer ce résultat très sérieux. « Les résultats indiquent que 63% des Valenciennois sont satisfaits, voire très satisfaits, de la qualité de vie à Valenciennes. Ensuite, les sujets prioritaires à Valenciennes sont, la propreté, la sécurité et tranquillité, et le développement économique », précise-t-elle. On note que l’écologie n’est pas le premier questionnement. Pour autant, Delphine Alexandre défend le projet LREM sur ce point crucial. « J’ai envie de construire un projet local aux valeurs pus vertes, plus d’écologie, plus solidaire, plus inclusive », précise-t-elle, un son très développement durable assurément. Et en même temps, Delphine Alexandre est professeure en ESS (Economie Sociale Solidaire) depuis quelques années au Lycée Watteau, il y a logiquement une compétence métier se déclinant dans un projet politique même local.

« Je suis désignée comme cheffe de file de LREM sur la ville de Valenciennes », Delphine Alexandre

Pas trop de suspense, mais il fallait attendre l’annonce officielle. « Je suis désignée comme cheffe de file de LREM sur la ville de Valenciennes sur proposition de Delphine Garnier, référente départementale, et validée par Gerald Darmanin, la voix de la LREM officiel au niveau investiture dans le Nord », précise-t-elle.

Forte d’un comité actif sur la ville centre, la responsable locale « veut s’ancrer avec d’autres Marcheurs dans la vie locale. Je dois être le garant du respect du programme LREM sur la ville de Valenciennes », commente-t-elle. A l’image d’une association, les membres actifs sont nettement moins nombreux. « Nous avons environ 25 membres très actifs. A notre dernière réunion, j’ai bien expliqué la différence entre un engagement dans un mouvement, plus souple, et un mandat politique beaucoup plus impliquant. Nous voulons que LREM s’engage dans la vie municipale », poursuit-elle.

Comme cheffe de file sur Valenciennes, Delphine Alexandre a constaté l’émergence d’un collectif dit « Marcheurs libres ». « Le cas de Cédric Villani a permis a tout le monde d’y croire. Hier, nous avons été informés qu’une liste de Marcheurs dissidents dans l’Oise, après le choix de la LREM du maire sortant UDI, ont été exclus du Parti », mentionne-t-elle.

Pour autant, elle tient à souligner « que je connais tous ces Marcheurs libres sur le Valenciennois, ils sont dans d’autre comtés maintenant. La porte est toujours ouverte. La division est la mort d’un parti politique. Je pense que nous sommes dans une crise de croissance », ajoute-t-elle. Le dialogue n’est pas rompue, c’est le message voulu par la Cheffe de file du LREM sur Valenciennes.

La négo…

Fin septembre, soit 5 mois et demi avant les municipales, les majorités ne se pressent pas contrairement aux oppositions très en verve, c’est un classique républicain. « Il n’y a pas de calendrier pour l’instant. Nous devrions commencer à discuter d’une liste courant octobre avec Laurent Degallaix. Il est hors de question que je sois la seule membre LREM sur cette liste, mais je pense qu’il y aura un profond changement. Toutefois, j’ai un profond respect de la hiérarchie, mais nous voulons être des acteurs dans ce prochain Conseil municipal (en cas de succès notamment) », souligne Delphine Alexandre.

Pour autant, l’ADN du mouvement « En Marche » est un questionnement de la base, presque continu. Un modus operandi venant se confronter localement à une gestion municipale verticale tout sauf discrète. Hors bilan, le mode de gouvernance du maire de Valenciennes est connue de tous, c’est le seul pilote à bord (ou quasi) depuis l’élection en 2014, voire 2012. Si factuellement, la presse locale peut très peu, ou pas du tout, parler à un adjoint sur évènement, voire à un élu délégué, les élus du Conseil sortant commencent à parler lors des inaugurations comme au Parc des Prix de Rome, on se lâche chez les élus, mais également chez les fonctionnaires mis au placard récemment avec un effet blast garanti… « Les nouveaux élus découvriront au bout de 15 jours que des décisions se prennent dans leur délégation sans qu’ils soient consultés »… « que les commissions ne se réunissent jamais » etc., malveillantes supputations bien évidemment, mais répétées, cela questionne. En résumé, le mode vertical est-il compatible localement à cette « ouverture du parti LREM. Chacun peut s’exprimer, c’est très souple dans notre mode de fonctionnement. Nous faisons remonter les idées etc. », précise Delphine Alexandre.

… et ses codes !

Le premier réflexe est de se dire. Que vont faire de militants de terrain de LREM dans cette galère, dans cette chambre d’enregistrement des décisions du maire himself, très bonne ou très mauvaise, ce n’est pas le sujet. Un seul maire et des techniciens, Laurent Degallaix a démontré que c’ était possible. Soyons sérieux, tous les six ans, il faut jouer tout de même au jeu de la démocratie ou tout au moins faire semblant. Et de l’autre… « la démocratie participative fait partie intégrante du programme LREM », précise Delphine Alexandre.

Voilà deux mondes face à face et qui vont construire une liste. Mécaniquement depuis juin 2019, LREM et le Modem sont les soutiens de Laurent Degallaix officiels. Par contre, le Conseil municipal actuel est une émanation d’élus LR et de l’UDI. Que vont devenir les élus de l’UDI, dont le réseau d’influence est la vice-présidente du Sénat Valérie Létard. Cette dernière serait présente certainement sur une autre liste… plus vers l’Amandinois. Ensuite, les élus LR ont un nouveau référent sur le territoire, Salvatore Di Vita, plus proche de Laurent Degallaix, contrairement à l’ancien référent local, Pascal Coupez, aux cotés de Didier Legrand durant la dernière législative.

Donc, des membres de la société civile, trois voire quatre partis postulants pour une construction équilibrée, et si vous ajoutez la volonté affichée du maire de Valenciennes de mettre sur pied une liste de Rassemblement, vous avez un cocktail très complexe à construire.

Comme disent les fins négociateurs, dans un arrangement… il y a toujours un arrangé, comme en juin 2017. Gageons que la leçon est apprise du coté de LREM !

Daniel Carlier

* https://www.lemonde.fr/la-republique-en-marche/article/2017/09/06/de-mouvement-a-parti-la-republique-en-marche-se-prepare-a-une-mue-delicate_5181710_5126036.html

Publié par Daniel Carlier le 25 septembre 2019
Delphine Andrzejewski Laurent Degallaix LREM Pascal Marcy Valenciennes
Delphine Alexandre, cheffe de file LREM sur Valenciennes
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