C’est assez rare, les candidats putatifs tout au long d’un mandat sont assez facile à anticiper à travers un comportement plus ou moins ostensible. Par contre, la candidature de Frédéric Musy, ancien adjoint très éphémère de Sylvia Duhamel, constitue une surprise de taille pour le grand public sur la 3ème ville (11 000/12 000 habitants) autour de Valenciennes après Anzin (visuel remise de l’écharpe en mars 2014 par Sylvia Duhamel à Frédéric Musy).

Frédéric Musy, une vision de la proximité participative !

Avant d’aborder cette interview, une remise en situation politique est indispensable. En effet, Frédéric Musy faisait partie de la liste gagnante en 2014 où Sylvia DUHAMEL fut élue au 1er tour (51,97%) dans un duel contre Jacques Marissiaux. A l’époque, sous la bannière d’une liste divers, Sylvia Duhamel avait emmené avec brio une liste très chamarrée, un agglomérat politique réussi puisqu’elle accéda au fauteuil majoral. Dans la foulée, elle remporte avec le regretté André Lenquette la cantonale en mars 2015, sous l’étiquette de la droite et du centre en faveur du Président Jean-Renée Lecerf, contre le candidat Front National Francis Boudrenghien. Voilà le panorama d’une percée électorale remarquée par l’instance intercommunale.

Toutefois, la difficulté lorsque vous transpercez les bases politiques connues est de consolider ses berges électorales. Force est de constater que cette 4ème liste arrivant sur les fonts baptismaux, après le Rassemblement National, la liste sortante, et une liste sans étiquette avec un ancien opposant politique, est pour le moins une défiance au pouvoir en place. En digression, surtout gardez le secret, une 5ème liste serait potentiellement sur les rangs, mais rien n’est écrit avant le dépôt légal. Par voie de conséquence, lorsque sa majorité est constellée de personnalités d’horizons politiques différents avec à la sortie une volonté d’y aller seul…, vous avez le schéma classique d’un bouleversement électoral profond. En clair, le terreau des voix de Sylvia Duhamel 2014 va se répartir à travers toutes ces listes, un électorat éparpillé en mode puzzle.

Qui est Frédéric Musy ?

D’abord, c’est un Bruaysien jusqu’au bout des ongles, Frédéric Musy, 53 ans, le revendique haut et fort. « Ma famille est originaire de cette commune depuis plusieurs générations. Je suis connu et impliqué dans le tissu local, c’est d’ailleurs pour cela que Sylvia Duhamel m’a contacté en 2014 afin de figurer sur sa liste », mentionne le candidat.

Frédéric Musy n’est pas un nouveau né dans les collectivités locales, ni en politique d’ailleurs. « J’ai travaillé durant 20 ans dans les mairies, comme directeur financier, directeur de services techniques, DGS, et en école d’arts comme administrateur », explique-t-il. Ensuite, son parcours professionnel sur sa compétence enseignement l’a conduit à l’étranger dans le milieu universitaire entre autres.

« Deux fois sur les listes gagnantes », Frédéric Musy

Au niveau politique, en 1995, Frédéric Musy figure sur la liste (RPR) de Marcel Ménigoz en 3ème position, cinq listes étaient en concurrence, il ne fut pas élu. En 2001, il travaille à l’étranger. En 2008, il repart dans la bataille électorale, mais cette fois sur la liste sortante de Jacques Marissiaux, élu maire en 2008. « J’étais en position non éligible en 2008. Par contre, en 2014, sur la liste d’opposition de Sylvia Duhamel, j’étais en position N°2. En 2008 et en 2014, je figurais sur la liste gagnante », lâche le candidat.

« Sylvia Duhamel est devenue très autoritaire », Frédéric Musy

Bien sûr, la question qui taraude est pourquoi cette éviction de son poste d’adjoint arrive si tôt après les municipales ? En effet, élu en mars 2014, il est démis de ses fonctions en Conseil municipal le 10 décembre 2014. Il fut suivi de peu par deux autres adjoints également « poussés vers la sortie en2015 et 2016 », précise le candidat.

La raison centrale de ce désaccord politique profond et rapide est simple selon Frédéric Musy. Sur le plan de la gouvernance locale, sujet devenu par essence très sensible dans le choix des électeurs, le Bruaysien s’explique sans faux-fuyant : « Je fus stoppé par un mur. Les élus n’étaient pas écoutés, voire pas le droit de parole. Les projets étaient donc exécutés sans concertation. Rapidement, Sylvia Duhamel est devenue très autoritaire, manque de dialogue, de proximité. En fait, sa personnalité (politique) ne passe pas dans la population ».

« La cantine à 1,5 euros », Frédéric Musy

Sur le bilan de Sylvia Duhamel, selon le candidat, la politique locale a débouché vers « une réduction des services publics envers la population. Par exemple, je vous garantis que contrairement à ce qui déroule actuellement plus aucun enfant ne se verra refuser l’accès à la cantine parce que ses parents n’ont pas payé la dernière facture… En cas d’élection, dès le premier Conseil municipal, la liste « Bruay Aujourd’hui et Demain » instaurera le passage au tarif de cantine unique à 1,50€ pour tous les Bruaysiens », explique Frédéric Musy avec force de détail financier pour arriver à cette mise en musique.

Ensuite, les grands travaux sur l’Hôtel de Ville accompagnés d’une fermeture des mairies annexes dans les quartiers ne fait pas l’unanimité. « Cela renforce le manque de proximité avec la gouvernance locale. Ces travaux de l’Hôtel de Ville furent possibles grâce à la réduction des subventions aux associations, voire la réduction des services à la population », poursuit-il.

De manière factuelle, rappelons que Bruay-sur-l’Escaut est une ville-rue avec depuis février 2014 une ligne de tramway de 4,2 km « renforçant la centralité de la ville de Valenciennes », ajoute-t-il. Le lien entre les quartiers de cette commune constitue de fait un enjeu local fort.

Pour faire très simple dans la conduite de la politique locale désirée par le candidat : « Clairement, c’est de mettre en application mes idées de la campagne municipale en 2014 ».

« Je n’ai jamais vu des élus d’un Conseil municipal critiquer les agents communaux », Frédéric Musy

Ensuite, le rapport humain entre l’édile et ses agents se déroule normalement « avec les 3/4 du personnel », disait Mme le maire. « A-t-on déjà vu une voiture avec trois roues, nous parlons d’un taux absentéisme de 33% », poursuit le candidat. Effectivement, cela constitue un taux très élevé pour une collectivité locale. Puis, il poursuit : « Je n’ai jamais vu des élus d’un Conseil municipal critiquer les les agents communaux… sauf à Bruay-sur-l’Escaut ».

Dans cette analyse au vitriol de l’action de la première magistrate, développée plus encore dans les prochaines semaines, Frédéric Musy constate le rôle structurant de la CAVM. « Heureusement, il y a les projets de Valenciennes Métropole sur cette commune. Ils ont une bonne ingénierie. L’intercommunalité est présente, notamment dans les villes qui n’ont pas de projets locaux », souligne le Bruaysien.

Toutefois, Bruay-sur-l’Escaut, comme tout le corridor minier, a été concerné par l’ANRU 1 où une pluie de subventions fléchées est arrivée à destination d’un renouvellement du bâti urbain ou la création ex nihilo d’un quartier, voire d’une place revisitée. A ce titre, la nouvelle configuration de la Place des Farineau « met en difficulté le tissu des commerçants locaux », souligne Frédéric Musy.

« J’aime les gens », Frédéric Musy

Sur le profil du candidat, il est assez limpide : « Je suis un technicien, spécialisé dans le montage des dossiers pour la recherche des subventions. Compte tenu de mon réseau professionnel, j’ai des réseaux dans toutes les instances ».

Pour autant, le danger de l’isolement de l’homme de dossier, incontournable au 21ème siècle, est balayé du revers de la main par le candidat. « J’aime les gens. Il faut plus de proximité avec la population », déclare Frédéric Musy. Certes, ce n’est pas tout, mais le mouvement social des Gilets Jaunes assorti du Grand débat national a clairement mis en exergue la fin de la verticalité d’un gouvernement local et de ses excès à Bruay-sur-l’Escaut comme ailleurs. Certains maires du Valenciennois pourraient perdre cette élection locale uniquement sur ce volet et pas du tout sur leur bilan… !

Pour la constitution d’une liste de 33 colistiers avec la parité, un chiffre énorme dans la pratique, Frédéric Musy est très confiant : « Je suis à la recherche des perles rares. Depuis que je commence à annoncer ma candidature sur le terrain, les citoyennes et citoyens viennent vers moi », résume Frédéric Musy.

Chaque commune à ses spécificités. Parfois, l’émiettement des forces politiques est très favorable au maire sortant. Ce n’est pas le cas en l’espèce. En effet, cette candidature, voire une autre encore, bouleverse le triptyque actuel sur la ligne de départ très favorable à la maire sortante dans l’éventualité d’un second tour. Là, toutes les cartes sont rebattues pour cette élection locale à Bruay-sur-l’Escaut au sein d’un territoire de 83 communes où on ne mesure pas encore le souffle du changement.

Vous avez dit le mot ballotage, non on parlera plutôt d’un raz-de-marée quel que soit les obédiences politiques sur le Valenciennois. C’est clair, Eole va décoiffer sévère… !

Daniel Carlier

Publié par Daniel Carlier le 15 janvier 2020
Bruay-sur-l'Escaut Frédéric Musy
Frédéric Musy, l’invité surprise de la municipale à Bruay-sur-l’Escaut
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