A deux semaines d’une sortie de confinement, mais également d’une amorce (timide) de reprise d’activité depuis quelques jours sur le Valenciennois, Bruno Fontaine, Président de la CCI Grand Hainaut, Rodolphe Richez, Directeur des activités, et Stéphane Laforce, manager entreprises et réseaux, font un point d’étape économique et explique le rôle de la plateforme téléphonique d’assistance en soutien aux acteurs économiques petits et grands.

(Visuel Nadia Amadori, Consultante Entreprises _ Expert Financement/CCI Grand Hainaut)

Bruno Fontaine : « Nous réclamons l’annulation des charges sociales et fiscales pour les entreprises fermées pendant la période de confinement de mars à décembre 2020 »

Bruno Fontaine

Tout d’abord, en propos liminaire, il est indispensable de rappeler une évidence criante. Dame Nature a sorti de son jeu un atout difficile à contrer en réponse à notre comportement impunément imprudent en la matière. Après ce 11 mai « le Covid-19 va subsister. Il faut nous adapter à travailler pour longtemps avec ce virus en l’absence d’immunité collective, de vaccin à cette heure, nous devons collectivement nous habituer aux gestes barrières, aux moyens de protections des salariés et des clients », entame Bruno Fontaine.

Comme une fatalité quotidienne, le comportement sanitaire des acteurs économique sera de facto un vecteur d’une propagation ralentie, ou pas, du Coronavirus. Par capillarité, cette pandémie attaque l’activité économique mondiale où les semaines passées à l’arrêt se mesurent en mois dans le tiroir caisse. « Il est urgent de redémarrer l’activité économique ! L’activité va mettre plusieurs mois, voire plus, à reprendre un rythme », explique le président avec un passage en revue de certains secteurs.

Quand le « BTP va tout va », le célèbre adage reste un baromètre d’une fragilité ou solidité économique. « Dans ce secteur, la reprise du BTP est complexe, le coût d’un chantier pourrait connaître une hausse de 5 à 15% compte tenu des mesures de sécurité sanitaire. Ensuite, certaines activités sont liées entre elles. Par exemple, pour relancer des chantiers de construction, il faut des hôtels pour héberger les ouvriers… », commente le Président de la CCI Grand Hainaut.

Le ferroviaire si important sur le Valenciennois a la chance de bénéficier « d’un excellent carnet de commandes ce qui pourrait accélérer un retour à une activité normale ». Par contre, l’automobile ne prévoit pas, comme Totoya, une production pleine avant septembre. « Les acquéreurs de voitures seront-ils présents à la reprise ? ». L’aéronautique prenant pied peu à peu sur le Valenciennois (1 000 emplois environ) subira un trou d’air « jusque 2022 ». Quant au marché de l’immobilier « il devrait repartir assez vite », ajoute-il.

Pour ce qui concerne la tenue de séminaires, de manifestations, de conférences de portée nationale sur le Grand Hainaut « c’est totalement mort pour 2020. Personne ne va s’engager dans les prochains mois sur ce type d’organisation », commente Rodolphe Richez. Et par porosité, le secteur des CHR va réduire son potentiel de nuités ici et ailleurs. La nouvelle de ce vendredi 24 avril est que l’agenda de réouverture de ce secteur CHR sera dévoilé fin mai…. Cette incertitude temporelle est dévastatrice pour les professionnels, certains garderont leur volet baissé… !

Enfin, dans le commerce de détail, les secteurs « de l’habillement et de la chaussure sont en souffrance. Ils n’ont pas la trésorerie pour payer la collection actuelle (confinée), et ils doivent commander la prochaine. C’est pourquoi, nous encourageons les services de livraison ou « click and collect » pour nos ressortissants », mentionne Rodolphe Richez. La Market Place « Mes Commerçants Grand Hainaut » constitue à cet effet une réponse en la matière (avant première en bas de cet article).

« Nous redoutons l’effet ciseaux en fin d’année 2020 », Bruno Fontaine

Enfin, le commerce de proximité des activités essentielles ou non seront en péril post chômage partiel. « Nous redoutons l’effet ciseaux de la fin d’année au moment où le report des charges va s’additionner aux factures du moment », précise Bruno Fontaine. C’est le moins que l’on puisse dire, la survie des entreprises passera peut-être par la contraction massive des effectifs, et c’est là qu’interviendrait la catastrophe nationale !

C’est pourquoi, la CCI France a adressé une lettre à Bruno Lemaire cette semaine avec une batterie de mesures afin d’éviter une épidémie économique !

« Nous réclamons notamment l’annulation des charges sociales et fiscales, pour les entreprises fermées pendant la période de confinement de mars à décembre 2020. Dans ce courrier, nous proposons des mesures communes aux entreprises fermées, mais également spécifiques dans plusieurs secteurs comme les petites TPE/PME, voire le BTP. Ces préconisations sont les conditions sine qua non pour éviter une catastrophe économique d’ici la fin de l’année 2020 », Bruno Fontaine.

En résumé, malgré un effort budgétaire de crise sans précédent avec près d’un français sur deux dans le privé en chômage partiel, pléthore de mesures pour mars, mai, et juin, tout se passera peut-être en fin d’année. L’Etat a deux choix. Où injecter encore plus encore d’argent public en fin d’année, en plombant de nouveau son endettement, où subir une hausse du chômage massive avec à la clé une addition économique bien plus lourde à long terme, et une facture politique à payer en 2022… !

Soyons clair, l’économie française est en train de se noyer, et ce n’est pas le moment de se demander s’il existe un panneau « interdiction de nager » dans les alentours. Bien sûr, on nous assène médiatiquement, via que le directeur de la Banque de France, que le dette devra être remboursée un jour, comme si on pouvait tondre… un tondu. L’humanité ne peut être le cerf de la dette mondiale ! Nous verrons cela quand toute vie aura disparue… !

Rodolphe Richez : « Les appels sur cette plateforme concernent au 3/4 des entreprises de moins de dix salariés »

Rodolphe Richez

Face à ce diagnostic, il était indispensable d’agir pour soutenir les acteurs de l’entreprise. Pour coller au plus près des besoins énormes des entreprises, la CCI Grand Hainaut participe à une plateforme commune avec la CMA (Chambre des Métiers et de l’Artisanat), le Conseil régional, et les services de l’Etat (visuel). Pour la CCI, 4 conseillers de la CCI régionale, mais également 6 conseillers de la CCI Grand Hainaut collaborent à ce soutien aux entreprises. « Au démarrage, nous avions énormément d’appels concernant les mesures, les modalités de mise en oeuvre avec des interlocuteurs débordés par les informations reçues (par mail notamment). Aujourd’hui, ce sont les dossiers où il y a un blocage qui reviennent vers nous. Les appels sur cette plateforme concernent au 3/4 des entreprises de moins de dix salariés, 10% les entreprises de 10 à 50 salariés, et le reste pour les plus gros acteurs », souligne Rodolphe Richez.

Rappelons que chaque chef d’entreprise peut bénéficier de deux jours et demi gratuit avec un conseiller (dispositif Booster) pris en charge par l’Europe et le Conseil régional. « Bien sûr, vous pouvez découper ces rendez-vous avec le conseiller. Nous pouvons également intervenir pour les entreprises de moins de 3 ans (dispositif starter) », précise Rodolphe Richez.

Bien sûr, le profilage des questionnements donnent le ton. « La question la plus posée concerne l’activité partielle et sa mise en oeuvre. Nous avons eu de nombreux retours concernant l’accès très compliqué à la plateforme pour déclarer cette activité partielle. Par contre, je n’observe pas de disparité territoriale entre le Cambrésis, la Sambre Avesnois, et le Valenciennois. Les appels sont en rapport avec leur pesée économique respective », commente Stéphane Laforce. « Sur le Valenciennois, uniquement sur le secteur industriel, hors Toyota, 115 entreprises pour environ 10 000 salariés ont déclenché un mécanisme d’activité partielle « , précise Rodolphe Richez.

Autre question prémium, le soutien à la trésorerie avec les mesures d’Etat, et ses compléments territoriaux « lancés par les 5 EPCI sur le Grand Hainaut (dont Valenciennes Métropole et la Porte du Hainaut) », précise Rodolphe Richez.

« un incident bancaire est rédhibitoire », Stéphane Laforce

Stéphane Laforce

Enfin, un constat récurrent dans les appels téléphoniques « sur la difficulté pour obtenir le PGE (Prêt Garanti par l’Etat). La banque analyse les fonds propres, la côte Banque de France, et surtout si vous avez eu un incident bancaire récent, c’est rédhibitoire ! », commente Stephane Laforce.

Evidemment, il faut remettre ses données dans un contexte global. « Les banques doivent impérativement respecter des règles européennes imposées depuis la crise financière de 2008. Elles s’imposent à elles avec parfois une impossibilité juridique d’intervenir. Là, nous sommes dans la nature sociale, c’est l’urgence sociale des banques », précise Rodolphe Richez. C’est là où les conseillers aiguillent vers d’autres solutions d’interventions.

Enfin, comme le souligne le Président de la CCI Grand Hainaut « 90% des PGE se déroulent sans problème, nous parlons des 10% où vous avez une problématique ».

« Un rôle de veille juridique », Rodolphe Richez

Ensuite, l’autre rôle majeur de ces conseillers pour le chef d’entreprise est d’être la source de la bonne information… de la dernière heure ! « Cela change quasi tous les jours. Cette semaine, une nouveauté importante est intervenue. Le chômage partielle dont la mise en oeuvre était collective dans l’entreprise peut devenir individuelle au sein d’une activité », précise Stéphane Laforce.

Un exemple extrêmement technique est intéressant à developper sur l’effet domino d’une décision. Les PME sont parfois des fournisseurs de grandes signatures de l’économie française. Pour travailler avec sécurité, ces PME doivent bénéficier d’une assurance/crédit garantissant en général 70 % de la facture en cas de défaillance du client. « Aujourd’hui, l’Assurance-Crédit décôte ces PME et réduit leur capacité d’assurance—Crédit, donc la banque ne suit plus », commente Bruno Fontaine. Au final, une entreprise avec des carnets de commandes remplis peut mettre la clé sous la porte, le domino économique s’applique de la même manière aux délais de paiement.

« En effet, on s’aperçoit que certaines grandes entreprises ne sont pas très solidaires. Dans ce département, le « Printemps » avait décidé de ne plus payer ses fournisseurs. Nous avons dénoncé cette attitude peu citoyenne, et ils sont revenus sur leur décision. Au niveau national, quand les grands groupes adoptent cette attitude. Le Ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, appelle directement les PDG… ! », commente Bruno Fontaine.

La CCI de nouveau au centre du jeu économique !

Le Réseau des CCI est durant cette crise le relais idoine pour l’Etat régalien. « Pour autant, je trouve l’Etat très au contact des entreprises », commente Bruno Fontaine.

Logiquement, la CCI France fait partie d’une Task force nationale de réflexion sur la gestion de cette crise économique. « L’Etat se rend compte que nous sommes le bon relais grâce à nos réseaux territoriaux avec nos 15 000 agents sur la France et 5000 élus », conclut Bruno Fontaine.

Pourrions-nous dire que c’est un retour en grâce du réseau consulaire, les soignants de l’économie territoriale, c’est presque cela !

Découvrez en avant première les Bons d’achat solidaire de la Plateforme Mes Commerçants du Grand Hainaut sur https://www.va-infos.fr/breve/bon-dachat-solidaire-sur-la-market-place-du-grand-hainaut/

Daniel Carlier

Publié par Daniel Carlier le 25 avril 2020
Bruno Fontaine CCI Grand Hainaut Rodolphe Richez Stephane Laforce
La CCI Grand Hainaut veut éviter l’épidémie économique !
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