L’ USTM (Union des Syndicats des Travailleurs de la Métallurgie du Hainaut et du Cambrésis) s’est réunie en Bureau ce mercredi 10 juin pour un état des lieux de l’emploi dans son bassin de vie. Le constat est sans appel, la peur du Covid-19 a laissé place à une vive inquiétude face à un second semestre 2020 redouté au plus haut point sur le volet social (visuel production pour le ferroviaire chez MG-Valdunes à Trith-st-Léger).

(Visuel Ludovic Bouvier, responsable régional USTM)

Ludovic Bouvier, responsable régional USTM  : « Des attaques sans précédent contre le monde du travail »

La loi d’urgence sanitaire a supplanté en Droit des articles du Code du Travail afin de gérer cette crise sanitaire inédite en France depuis la Grippe espagnole. « Néanmoins, les chefs d’entreprises ont voulu reprendre le plus vite possible la production industrielle. Parfois, les conditions sanitaires n’étaient pas requises, mais nous voyons surtout poindre la crise sociale derrière avec des fermetures d’entreprises, et des milliers de licenciements. Plus qu’après le traumatisme social en 2008, nous nous attendons à des attaques sans précédent contre le monde du travail. La crise économique était latente, cette crise sanitaire est un accélérateur de celle-ci. Le Covid-19 a bon dos ! », explique Ludovic Bouvier.

« L’attitude de Bombardier nous interroge, le conflit n’est pas dans ses habitudes », Ludovic Bouvier

Plusieurs faits sociaux s’additionnent dans les entreprises comme le mouvement chez Bombardier.  En effet, la loi d’urgence sanitaire est en vigueur jusqu’au 10 juillet 2020 « avec des décrets et ordonnances qui pourraient permettre aux entreprises de poursuivre… Par exemple, le problème chez Bombardier avec la suppression d’une semaine de congés, l’attitude de Bombardier nous interroge, le conflit n’est pas dans ses habitudes », précise Ludovic Bouvier.

« On sent déjà que le mariage avec Alstom dans les 18 prochains mois joue sur le comportement de la direction de l’entreprise à Crespin. Nous ne sommes pas dupes. Alstom pèse sur les décisions de Bombardier Crespin », souligne Alain Porat, secrétaire adjoint de l’USTM régional (https://www.va-infos.fr/2020/02/19/samir-dardari-cest-une-fusion-inversee-entre-alstom-et-bombardier/)

« Nous voyons les prémices des mauvais coups à venir contre les salariés », Ludovic Bouvier

Plusieurs entreprises sont ciblées avec des propositions « congés donnés contre les 16% de versement de salaire. Les directions vont continuer dans ce sens jusqu’à la fin de l’année. En fait, c’est un test grandeur nature afin de voir la mobilisation des travailleurs. Clairement, nous voyons les prémices des mauvais coups à venir contre les salariés », mentionne le responsable régional USTM. Rappelons que le chômage partiel payé par l’Etat en mars, avril, et mai était à 84% net du salaire, et 100% pour les SMIC.

Alain Porat

Autre exemple, toujours chez Bombardier, une équipe de nuit venue de Pologne arriverait afin d’assurer la production nécessaire à la livraison des commandes. « Nous ne croyons pas une seconde au bon patron voulant aider des salariés européens. En fait, ils entérinent une nouvelle mobilité présumée du travailleur. Le salarié pourrait se voir proposer un poste dans une usine du groupe à l’étranger. Le travailleur n’est pas une marchandise », indique Ludovic Bouvier. Cela implique des conséquences tangibles comme « un déracinement de son environnement avec toutes les conséquences familiales possibles», poursuit Alain Porat. Le travailleur devient le salarié détaché au sein de sa propre entreprise, c’est fort même si stricto sensu le volontariat en la matière, avec un gain pécunier à la clé, n’est pas illégitime. Par contre, l’imposer aux salariés serait fondamentalement rude (en terme soft) sur un plan social.

Toutefois, il faut reconnaître que dans la filière ferroviaire les carnets de commande sont pleins avec une charge de travail pour quelques années. De plus, le client est mécaniquement un grand donneur d’ordre institutionnel. N’oublions pas tout de même que les élections régionales se dérouleront en décembre 2021. En l’occurrence, une Présidente/candidate à sa succession à la tête de la Région Ile de France, Valérie Pecresse, mettra tout en oeuvre pour que le renouvellement de son réseau francilien soit opérationnel avant cette échéance. Bref, les aménagements du Droit du travail pour y arriver ne seront pas son problème… !

Néanmoins, cette commande institutionnelle marque toute la différence avec la production automobile complètement liée à la consommation domestique en chute libre durant cette crise sanitaire.

« Le passage du thermique au tout électrique correspond à 30% d’emplois en moins », Ludovic Bouvier

Justement, l’autre secteur fort du Grand Hainaut est la production automobile. Là, l’inquiétude bat son plein. « Déjà, nous nous attendons a une grande casse sociale chez tous les sous-traitants. Ensuite, au sein d’une marque comme Renault, le passage au tout électrique dans les deux usines du Nord (Renault Douai et la MCA Maubeuge) correspond à 30% d’emplois en moins. La construction d’un véhicule électrique nécessite moins de main d’oeuvre. Ensuite, vous imaginez l’impact sur une usine comme PSA Valenciennes (Ex SMAN) fabriquant de boîtes de vitesse, un produit qui n’existera plus à terme… », ajoute-t-il.

En clair, encore sous la Présidence de Carlos Ghosn, la marque historique de l’automobile française, dont l’Etat est actionnaire, a choisi le virage 100% électrique notamment sur les sites du Nord dont Renault Douai. « Cette usine demeure le vaisseau amiral de Renault. De plus, elle est totalement convertible d’une production à l’autre. D’ailleurs, elle va passer à la fin de vie de la Zoe et du Tango électrique dans problème d’adaptation », commente Ludovic Bouvier.

Et arrive le sujet médiatique de ces dernières semaines, l’avenir de MCA à Maubeuge. Bruno Lemaire a signé un PGE (Prêt Garanti par l’Etat) à condition de ne pas fermer le site de Maubeuge. On note la mobilisation de Xavier Bertrand, Président de la région Hauts de France, et des parlementaires de tous les bords politiques afin de soutenir cette condition sine qua non.

Pour autant, cela ne rassure pas plus que cela les syndicalistes. « Il faut une solidarité entre les sites industriels, elle est indispensable. La production des voitures thermiques va se poursuivre, mais hors de nos frontières. Il faudra donc, en France, gérer la baisse des emplois liée à la production (bientôt) exclusive de voitures électriques. Quid de l’avenir de MCA après 2022/2023 ? Certes, l’Etat impose parfois l’interdiction de fermeture des sites industriels, mais pas des licenciements. Donc, les usines se vident et au bout du bout ferment quand même ! », poursuit Ludovic Bouvier.

« La crise sociale a commencé et va s’amplifier dans le Grand Hainaut », conclut le responsable régional de l’USTM.

Une manifestation est programmée à Valenciennes le mardi 16 juin, rendez-vous 10 H sur la Place d’Armes. Elle s’inscrit en même temps que le mouvement social des soignants prévu également le 16 juin.

Daniel Carlier

Publié par Daniel Carlier le 11 juin 2020
Ludovic Bouvier USTM
Ludovic Bouvier « la crise sociale a commencé dans le Grand Hainaut »
Facebook Twitter Linkedin
Print Friendly, PDF & Email