Cécile Fléchel, agricultrice sur Marly : « Nous ne connaissons pas notre choix de culture pour le printemps 2027 »
Tout a commencé en 2020 pour Cécile Flechel à travers la reprise de la ferme de ses parents, M. et Mme Lebrun, située rue Roger Salengro sur Marly dans une urbanité étonnante. Aujourd’hui, elle exploite plusieurs cultures (blé, pomme de terre, betterave sucrière…) sur 120 hectares et après une fête des voisins au sein de son exploitation, elle nous explique ses choix stratégiques, sa vision de l’agriculture, son souci de la pédagogie pour les enfants et son rapport au voisinage, sans oublier un avenir en pointillé dans un contexte mondial en pleine ébullition.

Cécile Fléchel : « J’ai fait le choix de la filière longue pour mon exploitation. »
En terme de reconversion, on peut difficilement faire un plus grand écart ; passer de l’univers de l’automobile, comme ingénieure, à agricultrice au sein d’une exploitation familiale. En effet, reprendre ce site agricole, spécialisée dans la pomme de terre depuis 1955, représente un saut dans un autre univers où « j’ai dû suivre des études spécialisées (institut de Genech en 2018) afin de pouvoir reprendre la ferme en 2020 », précise-t-elle.

6 ans plus tard et une traversée de la COVID, elle est à la tête d’une exploitation agricole sur 120 hectares spécialisée dans la polyculture : 30 hectares de pommes de terre, 12 hectares de maïs, 12 hectares de betteraves sucrières, 6 hectares de lentilles vertes, et 40 hectares de blé, et « je me suis adaptée au marché mondial avec 10 hectares de colza et 10 hectares de Luzerne. Actuellement, à 180 euros la tonne, la culture du blé n’est pas rentable en France. La Russie asphyxie le marché mondial du blé, car à ce prix, cette culture du blé est rentable pour elle », commente Cécile Fléchel. On peut rappeler que la région Hauts de France bénéficie d’une terre de qualité rare pour la production de blé. « A l’hectare, cette terre est incroyable. Elle a un potentiel énorme de production, un climat tempéré, un limon très profond, et un savoir faire semencier et technique… », précise-t-elle.
Au delà de cette appétence pour la diversification, Cécile Fléchel a fait un choix stratégique assumé : « J’ai choisi la filière longue pour la vente de mes productions aux grosses coopératives. Grâce à elle, nous maîtrisons encore nos cultures ! D’ailleurs, vous avez des silos à grain sur Quarouble, Jenlain et Haulchin. »

Le choix de la filière courte beaucoup plus incertaine en terme de vente de ses cultures n’a pas été retenue par l’agricultrice. Toutefois, suite à la fermeture de la ferme Chombart sur Marly (fin 2022), la population venait chercher jusque dans « notre cour de ferme, voire en soirée, des pommes de terres à la vente directe. J’ai donc pris l’initiative d’installer un distributeur automatique (disponible 7j/7 de pomme de terre dès avril 2023. » Au 139 rue Roger Salengro à Marly, un distributeur automatique est donc disponible avec des pommes de terre en circuit court directement du champ au consommateur, pas de question sur la provenance du produit… !
« Nous ne savons pas où nous allons (conflit Moyen-Orient) », Cécile Fléchel
Evidemment, la thématique de l’engrais, outre celui des carburants, est au coeur de l’agriculture mondiale durant ce conflit au Moyen-Orient.
Certes, l’idéal d’une agriculture écologique est l’usage à 100% d’engrais naturel. « Je fais de l’échange paille contre fumier pour obtenir du compost et de l’engrais naturel, mais cela correspond à 15 à 20% de mes besoins en engrais. Néanmoins, je m’inscris dans les démarches d’agriculture durable financées par les filières et/ou du financement public », commente Cécile Fléchel. En résumé, des engrais azotés sont indispensables pour couvrir l’ensemble de la surface cultivée de 120 hectares.
« A un moment donné, lorsque vous demandez à la terre une production, si vous ne l’enrichissez pas derrière avec des engrais, elle s’épuise. D’un côté, nous avons l’injonction d’un changement de modèle d’agriculture, et de l’autre le marché des céréales ne change pas ! Si vous ne produisez pas beaucoup, vous ne pouvez pas survivre économiquement », explique la professionnelle. Evidemment, le modèle de petites cultures raisonnées, avec de l’engrais naturel, s’avère le plus pertinent dans le cadre d’une transition écologique. Par contre, ce modèle fournit peu de produits, peut-être au niveau régional, mais certainement pas au niveau national, ni à l’exportation. Sauf à vouloir affamer tout le monde et ne pas vivre de son métier, il faut encore travailler en R&D sur les meilleurs engrais pour la nature. Le débat est d’une complexité folle où chacun doit faire un pas vers le meilleur compromis pour la planète, le maintien d’une alimentation de proximité et la plus saine si possible… ! Voilà, nous sommes au coeur des injonctions contradictoires permanentes dans le monde de l’agriculture !
Bien sûr, le sujet du conflit au Moyen Orient imprime l’esprit des professionnels de la culture. Pour le choix des semences au printemps 2026, il était déjà fait (heureusement) et anticipé. « Par contre, nous ne connaissons pas notre choix de culture pour le printemps 2027. Nous ne savons pas où nous allons à ce stade. Il faudra être stratège dans le choix des cultures pour ne pas tout perdre », conclut-elle. Aucun doute, une pénurie mondiale sur l’alimentation menace la planète entière pour l’année 2027, un nuage atomique alimentaire de plus… !
La pédagogie commente tôt…
En marge de ses activités d’agricultrice, Cécile Fléchel verse dans la sensibilisation de la jeunesse sur les métiers de l’agriculture. Elle accueille régulièrement des classes de différents niveaux de primaire en provenance de Saint-Saulve, Marly et Valenciennes. « Nous étudions tout du champ à l’assiette de tous les produits. Ils font même du pain le jour de l’atelier », commente fièrement l’agricultrice.
Enfin, elle a eu l’idée de lancer sa première fête des voisins à la ferme, réussie visiblement : « Plus de 70 personnes étaient présentes, notamment le maire et des élu(e)s. »
Daniel Carlier




















