Le lycée Watteau et son collège ont un passé colossal sur la ville de Valenciennes. Un établissement scolaire emblématique dont Régis Dufour-Lefort a pris la tête en 2016, entretien sur les enjeux du système pédagogique.

La nomination à la tête d’un établissement comme le lycée/collège Watteau, voire le lycée Wallon, n’est pas anodine sur le Valenciennois. A ses débuts, Régis Dufour-Lefort était enseignant en SVT, puis proviseur adjoint sur le lycée professionnel d’Anzin, principal au collège de Bouchain pendant 7 ans, puis pendant 5 ans proviseur du lycée d’Aulnoye-Aymeries et enfin au poste envié de Proviseur du lycée/collège Watteau.

Régis Dufour Lefeort

Lycée Watteau

Le nouvel homme fort du Lycée/Collège Watteau est très satisfait de cette nouvelle fonction au sein de cet établissement chargé d’histoire « survivance du passé, nous avons encore un internat uniquement réservé aux filles, pas de mixité« . Par contre, il aspire à des travaux à l’instar de l’autre grand, le lycée Wallon, pour lequel la région Nord Pas-de-Calais, aujourd’hui des Hauts-de-France, a débloqué un budget très conséquent pour une rénovation lourde.

« Tendre vers un système d’évaluation plus positif »

La relation apprenant/enseignant, c’est la clé d’une éducation réussie et pourtant que de maux avant une pédagogie partagée. D’une manière globale, Régis Dufour-Lefort souligne « un goût à l’effort moins naturel, il est peu spontané. » Néanmoins, au sein de son établissement Watteau, il tient à rectifier « nous avons des élèves ambitieux et respectueux« .

Le corollaire national à cette absence d’appétence pour l’apprentissage est le décrochage scolaire. « Nous constatons des décrocheurs de plus en plus tôt. Avant, cela se produisait en 3ème voire seconde, aujourd’hui, vous constatez ce phénomène en 6ème, parfois même en primaire« , explique Régis Dufour-Lefort.

Régis Dufour Lefort

Collège Watteau

Au coeur de cette problématique, notre système éducatif et la formation des enseignants doivent se réformer en profondeur. « La formation des enseignants est encore insuffisante. L’enseignement conjuguée avec des classes sensibles, des élèves en difficultés, tout cela demande une stratégie pédagogique, de la psychologie. Cela s’append en plus du cursus habituel« , souligne le proviseur.

Sur le Valenciennois, nous oscillons entre 7 à 8 % de décrocheurs, voire 10% pour certains secteurs, « des pourcentages sans aucun rebond dans le système éducatif« , précise-t-il.

Là également, un vieux dossier franco/français est sur la table, notre historique système de notation. Sur ce point, Régis Dufour-Lefort est inflexible « il faut tendre vers un système d’évaluation plus positif. Notre système d’évaluation installe une vrai tension tout le long du cycle scolaire.Il faut tirer vers le haut les élèves, positiver le travail. En fait, on réussit avec ceux qui réussissent et avec les autres, on creuse les écarts« .

La pédagogie de l’évaluation est à optimiser. Certes, des mesures sont prises pour remettre les bases au centre de l’apprentissage. L’orthographe, le calcul mental, éducation civique etc., mail il n’en demeure pas moins que les passerelles entre les cycles sont compliquées. « Le principe du continuum entre le CM2 et la 6ème est une bonne mesure. Par contre, il reste le fossé entre la 3ème et la seconde« , précise-t-il. Avec un peu de recul, notre système de notation est à l’évidence dépassé, obsolète, plus destructif que constructif ; il faut revoir l’ensemble de la copie de notre évaluation pédagogique.

La réforme du collège de Najat Vallaud Belkacem est « encore très jeune, un peu plus de trois mois. Nous pourrons faire une évaluation de son impact à la fin de l’année scolaire« , indique Régis Dufour-Lefort.

Et le BAC

Régis Dufour Lefort

Arrière lycée Watteau

Pour autant, la fameuse notation est très ancrée chez les élèves et cette survivance est tenace. Le symbole est notre monument historique éducatif, le BAC ! « Oui, il est important pour les élèves et les parents car il sanctionne par un diplôme un cursus scolaire. Par contre, je suis pour un contrôle continu en terminale afin d’alléger son coût (pharaonique), sa logistique et son impact sur  l’indisponibilité, dans le cadre de cet examen, des établissements scolaires« , explique le proviseur. Au collège Watteau, les élèves ont l’habitude d’être en vacances vers le 15 juin… !

Toutefois, le BAC demeure la passerelle vers autre chose. Sa représentation sociale est importante « c’est le passeport vers les études supérieures même si les recrutements sont déjà entérinés sur dossier, bien avant l’échéance du mois de juin« , précise le proviseur.

C’est un bastion de l’Education Nationale à la française devant, tôt ou tard, évoluer avec son temps. Trop décalé, trop normatif, trop rigide à l’heure où notre société veut des têtes bien pleines avec un esprit adapté au collectif. Au même titre que sa capacité à comprendre, à reproduire voire à innover, le comportemental devient un motif de sélection quel que soit le niveau d’études. De facto, c’est un package éducatif qui doit permettre aux générations futures d’affronter une mobilité professionnelle, une carrière avec des métiers multiples, une polyvalence parfois… et ce n’est certainement pas le diplôme vieillissant du BAC qui prépare le jeune actif au marché sans concession de l’emploi.

L’emploi, une démarche individuelle !

Bien sûr, la raréfaction de l’emploi concentre les inquiétudes des parents et des apprenants. « Chacun veut tirer son épingle du jeu. On regarde plus les métiers avec des débouchés qu’une vocation pour telle ou telle activité« , poursuit le proviseur. L’emploi potentiel au bout de la filière est devenu le réflexe premier.

Le grand paradoxe réside dans un goût plus réduit pour l’effort et en même temps un repli sur soi. Le jeune se replie sur soi, s’individualise alors « que c’est la coopération qui ferait sens dans notre société, c’est en enjeu transversal, un fait de société majeur« , explique Régis Dufour Lefort.

« La cohésion des sociétés ne se fait pas entre machines »

Comme chaque établissement scolaire, l’informatisation, l’accès aux outils numériques devient un enjeu fondamental pour un établissement pédagogique.

Bien sûr, le site Lycée/collège bénéficie « de salles informatiques, de TBI, certains enseignements peuvent se faire via ses nouvelles technologies. c’est indispensable« , souligne le proviseur.

Toutefois, dans un univers de plus en plus dématérialisé, Régis Dufour- Lefort tient à sérier les limites « la cohésion des sociétés ne se fait pas entre machines« . Même si les nouvelles technologies effacent les distances, le contact humain demeure une valeur sûre de transmission du savoir… être ! Certaines valeurs humaines se transmettent encore les yeux dans les yeux !

Daniel Carlier avec la participation d’Hugo Leclercq, stagiaire de 3ème du collège Simone Veil de Cappelle-en-Pévèle

Publié par Daniel Carlier le 1 janvier 2017
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Régis Dufour-Lefort « la coopération est le véritable enjeu de notre société »
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