Derrière ce patronyme savoureux se cache une association avec un réel objectif vers la réutilisation des emballages alimentaires en verre blanc et en circuit court, votre pot de confiture etc.. Peu, voire aucune structure, n’aurait lancé une initiative à ce stade sur cette cible du bocal toute dimension en verre blanc. Entretien avec la porteuse de ce projet, Laurence Ebran.

Laurence Ebran : « Passer de la valeur financière à la valeur usuelle »

Après une Assemblée constitutive de l’association le 10 juin 2020, elle a reçu son sésame de la Sous-Préfecture de Valenciennes ce mercredi 01 juillet, le choix du siège s’est porté sur la Maison des Associations à Valenciennes.

Cette création ex nihilo n’est pas sur un coup de tête, mais bel et bien suite à une réflexion nourrie et validée par de nombreux partenaires. « Ma prise de conscience est intervenue en 2018 à la suite de débat écologique en famille, le départ de Nicolas Hulot du gouvernement m’a beaucoup marqué à l’époque ! Le volet systémique de cette crise écologique m’est apparu. Il faut dès aujourd’hui anticiper la résilience, car un jour ou l’autre pour les prochaines générations, nous manquerons de certaines matières », entame Laurence Ebran.

La conscience collective passe par l’exemple individuel, Laurence Ebran s’est jetée immédiatement dans la démarche Zéro Déchet dès 2018, puis a participé à la World Clean Up Day, pris la Présidence de l’association « La Boîte à Tout » à Valenciennes (https://www.va-infos.fr/2020/05/21/la-boite-atout-en-sursis-a-valenciennes/), s’est impliquée dans le lancement de l’association Val’entransition, et enfin se lance corps et âme dans un projet de réemploi et réutilisation des bocaux en verre blanc, c’est assez soutenu comme rythme… !

« Ce n’est pas du recyclage, mais de la réutilisation », Laurence Ebran

Transformation d’un bocal à usage alimentaire en bocal à produit cosmétique avec une étiquette collée grâce à une composition à base de lait

Attention, la sémantique est fondamentale dans le choix des mots. D’ailleurs, nous verrons comment la loi a été modifiée de cette manière. Donc, pour être précis, le recyclage consiste à collecter un objet, une matière devenue un déchet et de réintroduire ces matériaux dans la production de nouveaux produits. A savoir que sur Valenciennes Métropole, le verre déposé dans les bennes dédiées part sur la commune de Reims, et concernant Porte du Hainaut sur la commune de Wingles. En clair « cela coûte très cher au contribuable, car cette collecte est coûteuse. Il n’existe pas de fait de filière de récupération de verre autofinancée en France », ajoute-t-elle.

L’objectif au sein de cette association peut se décliner sous deux aspects, le réemploi du verre blanc sous forme de bocaux. « Cela consiste à relancer le même produit relavé dans la même filière » ou l’autre sortie est la réutilisation « où cette fois l’objet est réutilisé vers une autre destination ». C’est le choix principal, à ce stade, de l’association « Les Déchaînés du Bocal » dont l’objectif est  » la réutilisation des emballages alimentaires vers le non alimentaire« , indique Laurence Ebran. Donc, un pot de confiture ou autre alimentaire, après un nettoyage dans les règles, devient un pot à produit cosmétique par exemple, etc. « je ne prends aucun risque sanitaire. De plus, l’étiquette est collée avec un mélange composé principalement de lait, c’est 100 % naturel. D’ailleurs, ce sera une étiquette à concevoir dans le cadre de nos ateliers du mois de septembre prochain », précise Laurence Ebran.

La porteuse de projet tacle, au passage, la loi dite « Anti-gaspi » : « On s’est fait avoir ! La réécriture de la loi sous le lobbying du plastique est trop ambiguë. Elle permet au producteur de plastique de lancer des produits avec une consigne…, alors que l’idée initiale était de supprimer l’usage du plastique à terme ».

« On ne collecte pas le verre blanc en France », Laurence Ebran

Vous l’avez remarqué, voire entendu, lorsque vous jetez votre contenant en verre dans une benne dédiée, vous entendez le bruit aiguë du verre qui casse. « On ne récupère que le verre cassé, et surtout mélangé avec toutes les couleurs. En France, on ne collecte pas le verre blanc », mentionne Laurence Ebran. Bien sûr, sur le Valenciennois, mais aussi sur d’autres territoires, vous avez les fameux kiosques à verre comme sur Denain et sur Bellaing, mais ils ne récupèrent que les bouteilles de différents formats. Donc, par essence, les bocaux ne sont pas concernés par cette collecte. Il ne faut de fait pas mettre vos bocaux dans les kiosques à verre.

De ce constat assez simple a germé l’idée de base de l’association « Les Déchaînés du Bocal ». « Il n’existe que deux usines dans le sud de la France qui produisent des bocaux avec des stocks venus de l’étranger. En clair, la réutilisation, voire le réemploi, du verre blanc en France est quasi nul », poursuit-elle.

Pour conforter son idée, Laurence Ebran est passée par la couveuse « Evident, l’incubateur d’étonnants projets » portée par la Région des Hauts de France, cette très sélective couveuse favorise les projets dans l’innovation sociale :  » Je suis restée d’avril à décembre 2019 avec un passage réussi devant le jury chez cet incubateur. Ensuite, une étude de faisabilité s’est enchaînée du mois de novembre 2019 au mois d’avril 2020. Enfin, pour le Fidees, je proposerai une restitution publique en septembre prochain (décalée suite Covid-19) « .

« Le problème numéro un est le relavage », Laurence Ebran

Stock de bocaux dans un garage

Bien sûr, malgré la coquille associative, la recherche d’une rentabilité à terme constitue le fil conducteur dans cette démarché écologique. « Le problème numéro un est le relavage, mais également le décollage des étiquettes. J’utilise plusieurs techniques, la plus simple est de plonger le bocal avec son étiquette dans un mélange d’eau soudée, plus élaboré le mélange de bicarbonate de soude, d’huile alimentaire, et de sel, c’est à 95% radical. L’étiquette est décollée proprement sans aucune trace », commente Laurence Ebran.

En terme de format, il existe 13 diamètres de bocaux avec aussi différentes variétés de fermetures. Ceci expliquant aussi la complexité de cette filière vertueuse. « Nous allons fonctionner avec les dons. Nous collaborons déjà avec le magasin Day by Day à Valenciennes où vous pouvez laisser vos pots en verre blanc. Ensuite, je reçois des dons multiples de bocaux, du petit format de la crème alimentaire à différents parfums au grand bocal pour recettes de plats cuisinés. Attention, je ne peux pas réutiliser un bocal avec un lettrage gravé dans le verre. Je ne récupère pas non plus les pots bébé ni les pots à couvercles hauts qu’ils soient en aluminium ou en plastique (nutella, café, …) ».

Laurence Ebran habite sur Valenciennes, son appartement est déjà une constellation de bocaux. « De plus, le bailleur social SIA Habitat nous laisse gratuitement un garage pour entreposer les bocaux », précise-t-elle. Là également, l’espace est bien fourni. D’évidence, cette association a besoin d’un local pour lancer concrètement cette idée, récupérer les dons multiples voire acheter des stocks de verre blanc. Le message est passé… ! Cette association a également besoin de nouveaux adhérents (cotisation 10€), et de bénévoles. Tout le monde peut conserver ses bocaux. Ces derniers pourraient s’utiliser dans des ateliers de l’association dès la rentrée de septembre.

Un crowdfunding devrait voir le jour en faveur de l’association « Les Déchaînés du Bocal », car au bout du bout « le bocal est un bien commun, mais aussi marchand. Nous pourrions mettre sur pied une filière avec de l’emploi non délocalisable », conclut-elle.

Information importante, cette association a besoin de nouveaux adhérents (cotisation 10€), et de bénévoles. Tout le monde peut conserver ses bocaux

Voici la composition du CA de l’association « Les Déchaînés du Bocal » :

Sophie Bertrand, présidente

Frédérique Robert, trésorière

Anne Duhem, secrétaire

Catherine Estaquet-Legrand

Danielle Berlemont

Nadia Tillouche

Christian Hanquet

Olivier Sénéchal

Cecile Linquette

Plus d’infos sur l’association « Les Déchaînés du Bocal » sur http://lesdechainesdubocal.fr

Daniel Carlier

Publié par Daniel Carlier le 5 juillet 2020
Laurence Ebran Les Déchaînés du Bocal Valenciennes
Les « Déchaînés du Bocal » arrive sur Valenciennes
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