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Marie-Amélie Le Fur : « La norme est formidable, mais ce n’est pas l’usage »

Le 21 mai dernier, Marie-Amélie Le Fur, la Présidente du Comité paralympique français, triple championne Paralympique en athlétisme, est venue pour une conférence sur le sport handicap au sein de l’Université Polytechnique Hauts de France. Revenons sur ce temps fort à l’ « Université des savoirs partagés ».

En propos liminaire, la championne sportive remonte le temps sur sa jeunesse où un avenir semblait tracé vers une carrière chez les sapeurs pompiers, sa passion, malgré une appétence marquée pour la course à pied. Puis, un accident de la circulation bouleverse sa vie à l’âge de 15 ans, avec à la clé une amputation d’une jambe. « Très rapidement, j’ai compris que la société décidait pour moi ce que je pouvais ou ne pouvais pas faire. Heureusement, mes parents m’ont soutenu et j’ai pu recourir 4 mois (seulement) après mon accident ! », commente Marie-Amélie Le Fur.

La conférencière retrace son parcours de jeunesse et quelques moments clés comme ce tournage de film où elle était « doublure en course et de dos où mon handicap n’était pas un sujet. Sur une séquence du film, j’étais trop rapide à la course pour l’équipe de tournage. Cela m’a donné beaucoup de confiance », ajoute-t-elle.

Un an avant l’acceptation de la course inclusive 

Le défi de tous ces champions et championnes avec le vécu de Marie-Amélie Le Fur est de l’accepter. « J’ai mis plus d’un an avant de courir avec des valides, car je refusais d’être moins bonne contre des athlètes que je battais précédemment. Certains mettent dix ans. Moi, j’ai mis une année pour comprendre que le chrono n’était pas important. »

C’est sur ce point que l’athlète concentre sa démonstration : « L’athlète en situation de handicap n’est moins habile, moins compétent, ses aptitudes sont tout simplement différentes. C’est pourquoi, dans le cadre des J.O Paralympique Paris 2024, nous avons travaillé au langage avec la presse. Il fallait inverser le message, et plus seulement le côté handicap pour sensibiliser le lecteur, mais surtout parler de performance, d’objectif sportif sans occulter le handicap. Dorénavant, ce n’est plus le sujet central », déclare Marie-Amélie Le Fur.

« Un environnement capacitant », Marie-Amélie Le Fur

Ensuite, elle met en exergue les réflexes du quotidien dans notre urbanité. A titre d’exemple, elle évoque un maire d’une commune où un terrain de badminton accessible pour le sport handicap est inauguré. L’édile demande aux pratiquants handiBad si tout est bien conforme : « Là, un athlète répond. Oui, le terrain est parfait, mais nos roues de fauteuil sont inclinées pour la pratique de ce sport et de fait les portes des vestiaires sont trop étroites. Donc, ils sont inaccessibles pour nous. La norme est formidable, mais ce n’est pas l’usage !  »

Cette petite histoire du quotidien met en lumière que derrière une volonté réelle de bien faire, il faut penser à un environnement global. « Au sein d’une commune, nous devons évoluer dans un environnement capacitant, car il nous permet plus d’autonomie. Par exemple, il faut oublier les salles de réunion dans les étages sans accessibilité, mais uniquement au rez-de-chaussée. Voilà, cette somme de petites choses du quotidien construit un environnement capacitant pour les personnes en situation de handicap. A mon niveau, mon cauchemar est l’utilisation d’escalier. C’est très difficile pour moi même si je peux courir très vite avec des lames en carbone », poursuit-elle !

Petit à petit…

Oui, les J.O de Paris 2024 ont lancé une dynamique, car des études très concrètes ont mesuré une approche plus positive du handicap, les gens sont plus à l’aise avec ce sujet. « C’est là où nous parlons du fameux continuum d’accès à la pratique sportive. Avant Paris 2024, il y avait 25 fédérations françaises engagées dans le sport handicap ; en 2026, elles sont 60. Nous sommes encore loin du compte, mais il y a eu un impact incontestablement », conclut-elle

Pour la conférencière, le sport demeure un formidable outil pour changer le vie des personnes en situation de handicap, mais pour aller plus loin encore : « Il faut déconstruire la représentativité du handicap ! »

Daniel Carlier

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