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Entretien d’embauche avec François Ruffin à Valenciennes

La député de la Somme est parti dans un Tour de France jusqu’en juillet prochain afin de présenter son CV aux autochtones comme « candidat à la Présidence de la République ». Après Lyon, Vesoul, Poitiers, il fait étape à Valenciennes sur la Place du Commerce dans un décorum dépouillé, un stand où l’on vend sa BD militante et clivante, des chaises en arc de cercle et lui micro à la main répondant aux questions après une brève introduction. C’est simple, efficace, et on sent la signature de l’auteur de documentaire. François Ruffin a incontestablement le sens de la mise en scène d’un espace public.

François Ruffin : « Vivre de son travail et pas en survivre, nous sommes un parti travailliste ! »

Toujours aussi iconoclaste à gauche, François Ruffin a la capacité de parler à toutes les électrices et les électeurs, pas seulement aux militants des partis politiques…  de gauche ! C’est pour cette raison qu’il est détesté ou adoré. Il entame son propos par une pointe d’humour : « Je viens vous présenter mon CV. Je sais qu’il a quelques faiblesses, je n’ai pas fait l’ENA ou Science PO, ni détourné d’argent public, pas récupérer une valise non plus…, mais j’ai quelques atouts. En effet, j’ai tenu une petite entreprise durant 20 ans et je n’ai jamais été en déficit. Ensuite, je suis rentré en politique (2017) et nous avons inversé la dynamique du Rassemblement National par 3 fois (2017, 2022, 2024) pour la députation. Néanmoins, je suis toujours un député au SMIC et je serai un Président de la République au SMIC. »

Enfin, il conclut son propos liminaire par une approche que vous n’entendez quasi jamais dans la bouche d’un politique : « Un pays ne se transforme pas uniquement par en haut. C’est par en bas que le changement doit s’opérer, par des initiatives privées et des élu(e)s de proximité ! »

Dans le déroulé de cette intervention, face à un public de 150 personnes environ, des curieux afin de mieux connaître le député « Debout », il écoute les questions pour y répondre point par point sur des sujets choisis, puis par des interventions à la volée du public…, car sa stratégie politique est de coller aux besoins des françaises et des français dans la vie réelle !

L’auto-entreprenariat

Vaste sujet, mais un témoin pose une question sur son statut d’auto-entrepreneur : « Je suis favorable au statut d’auto-entrepreneur (comme vous) lorsqu’il a été choisi, mais il a été dévoyé. J’ai de multiples exemples où des patrons demandent à leurs salariés de passer en auto-entrepreneur. Il faut renforcer les contrôles. Si vous avez un lien de subordination, c’est un salarié ; si vous n’avez qu’un seul client, c’est un salarié. Ensuite, pour la 1ère année, on peut rester sur un montant plafond (faible) de chiffre d’affaires et de faibles cotisations, puis en 2ème année augmenter les deux, etc. Ainsi, vous gagnerez en droits sociaux (et plus de cotisations). »

Le travailleur social

En l’espèce, un intervenant explique son travail auprès des décrocheurs scolaires, ses victoires face à des jeunes dont le cursus s’est interrompu, mais avec un retour à succès dans la vie active. On le sait, certain(e)s jeunes ne sont pas construits pour la théorie, mais pour la pratique.

Derrière tout cela, il existe le formidable métier de travailleur social. « Il faut construire un récit autour du métier de travailler social, car en fait il rapporte aussi de l’argent. Il ramène, en l’espèce des jeunes, dans le monde du travail. Bien sûr, il ne faut pas voir cela seulement sous l’angle économique, mais humain. »

Enfin, sur le passage à Parcoursup, François Ruffin veut revenir sur cette réforme : « On ne peut pas figer les destins à 15 ans ! »

L’hôpital public

Sur cette thématique, François Ruffin tance la sous-traitance tous azimuts au sein de l’hôpital public. Agents de sécurité, personnel d’entretien, et pourtant « on a demandé à 17 métiers de continuer à travailler pendant la Covid 1. Que reste-t-il ? Il faut revaloriser les salaires sur l’inflation. Vivre de son travail et pas en survivre, nous sommes un parti travailliste ! » Puis, dans le déroulé des question suivantes, il revient sur ce questionnement central de la santé publique : « Nous devons entamer une révolution de la prévention. Attention, cela ne sera pas facile, car vous touchez à des empires financiers. »

Parmi les questions inopinées, la culture est évidemment un sujet important. Le candidat à la Présidentielle y répond de manière originale : « Je suis un admirateur du Président américain Roosevelt, celui du New Deal, celui qui a eu la capacité à mobiliser un pays contre la nazisme. Pour autant, il a aussi soutenu qu’un pays ne se relève pas uniquement par des Grands Travaux, mais par l’âme. C’est pourquoi, il a envoyé aux 4 coins des USA des artistes (comme Jackson Pollock) pour échanger sur la culture. Il faut passer à la culture hors les murs, une révolution culturelle forte. Sur ce sujet, nous avons eu André Malraux, puis Jack Lang et nous devons aborder une nouvelle étape. »

Sur le commerce, il fustige « le gavage pour les uns et le rationnement pour les autres. Un journal « Les Échos (de LVHM actionnaire principal) titré récemment : En France, le dividende est roi ! »

Sur l’e-administration il fulmine. « J’ai bac + 5 et je suis dépassé par ce tout numérique. On indique aux enfants de lâcher les écrans et on envoie le tout le soir sur pronote… Bien sûr, le numérique est utile sur de multiples sujets, mais chaque citoyen, s’il le souhaite, devrait pourvoir gérer ses papiers avec un humain en face si nécessaire. D’ailleurs, ce sont les seuls qui sont bilingues, le français et le langage administratif ! »

Enfin, l’élue communiste bien connue sur Valenciennes, Nathalie Lorette, fait un appel à l’union de la gauche. Il y répond dans sa logique : « Oui, je suis favorable à une primaire, mais je ne peux pas attendre les différents courants du PS. Oui, je préfère un P.S à gauche plutôt que chez les débris du macronisme. A 75% des électeurs P.S, PCF, Les Ecologistes, et même chez LFI, ils souhaitent une primaire à gauche… » Affaire à suivre !

Daniel Carlier

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